Carrière & reconversion

Salaires qui s’envolent, mobilités facilitées… ces métiers qui profitent des nouvelles règles du jeu

Hausses de salaire ciblées, mobilité en plein essor, tensions dans certains secteurs : les cadres entreront en 2026 dans un marché en recomposition. Les études des cabinets PageGroup et Robert Walters décryptent les signaux à ne pas manquer.

A partir de juin 2026, la directive européenne sur la transparence salariale entrera en vigueur, obligeant les entreprises à afficher des fourchettes de rémunération claires dans leurs offres d’emploi. Un bouleversement plébiscité par 65 % des cadres selon le cabinet Robert Walters, alors que plus de la moitié (55 %) des entreprises n’a même pas encore entamé les démarches nécessaires.

Fini donc les mentions opaques « salaire selon profil ». Un changement attendu par 70 % des cadres qui jugent que leur employeur manque de transparence sur ces questions, selon PageGroup.

Un marché très concurrentiel

Ce contexte intervient alors même que le marché restera tendu en 2026. Sept entreprises sur dix évoquent des difficultés pour recruter. Les besoins se font surtout sentir dans la logistique, l’informatique ou la finance. Dans l’industrie, près des deux tiers des ingénieurs et techniciens sont approchés au moins une fois par mois, selon PageGroup.

Les cadres ne partagent pas l’inquiétude des recruteurs : 71 % d’entre eux se disent confiants vis-à-vis des opportunités dans leur secteur, selon l’étude de Robert Walters.

La mobilité comme levier d’augmentation des salaires

La rémunération demeure plus que jamais le coeur de l’arbitrage. La distinction entre marché interne et marché externe s’amplifie : +2 % d’augmentation moyenne pour un cadre restant dans son entreprise, contre +9 % en cas de mobilité, selon Robert Walters.

43 % des cadres pensent recevoir une augmentation en 2026, tandis que 46 % des entreprises prévoient d’en accorder. Pour le cabinet, les candidats attendent une véritable « prime de risque lorsqu’ils envisagent un changement de poste ».

Les entreprises devront proposer des programmes de formation et d’accompagnement pour retenir leurs talents. Cette « approche instaurera à terme un cercle vertueux […] allant ainsi au-delà du seul sujet de la rémunération », pronostique l’étude de Robert Walters.

52 % des cadres envisagent de changer d’emploi

Plus de la moitié des cadres envisagent de changer d’emploi en 2026, principalement pour des raisons managériales, d’évolution de carrière et de salaire.

Plus préoccupant, seuls un à deux cadres sur dix se projettent à plus de trois ans dans leur poste, un niveau particulièrement bas pour les commerciaux et les experts tech.

Une tendance qui touche aussi les cadres dirigeants : ils sont 58 % à penser quitter leur poste d’ici cinq ans. Plus d’un départ sur cinq est motivé par « une insatisfaction globale liée au travail : manque de reconnaissance, absence de perspectives, missions dénuées de sens », souligne PageGroup.

Industrie : 1,3 million de postes à pourvoir d’ici 2035

Sur le plan sectoriel, l’industrie concentre les enjeux les plus massifs. « Près de 1,3 million de postes seront à pourvoir d’ici 2035, dont 800.000 à 900.000 liés aux départs en retraite », rappelle Laurent Blanchard, le directeur général de PageGroup France. Le nucléaire nécessite à lui seul 10.000 recrutements annuels pendant dix ans.

Les tensions nourrissent les hausses salariales : un directeur industriel avec plus de cinq ans d’expérience dépasse fréquemment les 110.000 euros annuels pour atteindre jusqu’à 150.000 euros cinq à dix ans plus tard (PageGroup).


Toujours selon ce cabinet, les secteurs les plus dynamiques sont la santé (nouveaux investissements chez Urgo, Sanofi…), la défense (contexte géopolitique sensible, budgets en hausse…), et l’aéronautique qui « dépasse son niveau d’avant Covid et constitue la filière la plus moteur de l’industrie française ».

Tech : +4 % pour les experts

Les deux études convergent : le secteur financier connaîtra de fortes progressions salariales en 2026. Robert Walters annonce une augmentation moyenne de 6 %, avec un bond spectaculaire de 8 % pour les directeurs financiers. Les postes les plus demandés : chef de projet trésorerie, directeur comptable et directeur administratif et financier (DAF).

Dans le secteur informatique, seuls les profils experts tirent leur épingle du jeu. Pour Robert Walters, les postes tendance sont le responsable automatisation et IA, l’architecte (tous domaines), et le responsable sécurité des systèmes d’information (RSSI), avec une augmentation moyenne du salaire de 4 %.

Pour PageGroup, « la demande pour des profils experts en cloud, data, intelligence artificielle ou cybersécurité reste très forte ». L’étude indique qu’en début de carrière, le salaire d’un ingénieur cybersécurité est passé de 40.000 euros en 2024 à 45.000 euros en 2026, soit une progression de 12,5 % en deux ans.

RH, supply chain, juridique…

Dans les RH, la paie devient la compétence reine, tandis que les responsables SIRH enregistrent les hausses salariales les plus fortes : 5 % en moyenne selon Robert Walters.

La supply chain poursuit sa montée en puissance, avec +6 % de salaire en moyenne et jusqu’à +8 % pour les postes de direction transport (Robert Walters). Face aux défis géopolitiques et à l’intégration de l’IA, « les métiers des achats et de la supply chain sont plus que jamais stratégiques », pointe PageGroup.

Le juridique se réoriente vers la conformité, l’IT et les legal operations (+5 %). Le marketing confirme la professionnalisation de l’influence, portée par l’émergence de postes tels que responsable influence (avec un salaire annuel compris entre 40.000 et 80.000 euros) et Content Strategist (entre 35.000 et 65.000 euros annuels).

Vie pro/perso, une exigence non négociable

C’est un sujet transversal à tous les secteurs : 79 % des cadres souhaitent que leur entreprise prenne plus au sérieux l’équilibre vie pro/vie perso (Robert Walters), et près de neuf sur dix le citent comme critère prioritaire de satisfaction selon PageGroup.

Six cadres sur dix seraient même prêts à renoncer à une promotion si elle devait nuire à cet équilibre. Un bouleversement des priorités que les entreprises devront intégrer dans leur stratégie d’attractivité.

Sources : Etudes de rémunération 2026 de PageGroup (plus de 900 métiers dans 25 secteurs) et de Robert Walters (50.000 entretiens dans le monde de janvier à novembre 2025, 1.300 cadres et entreprises interrogés en France en septembre 2025).

Corinne Dillenseger

 

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