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Est-il possible d’ubériser le directeur financier ?

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De nombreuses innovations permettent aujourd'hui de viser le zéro papier en finance, mais la robotisation va aussi entraîner un bouleversement du positionnement de la fonction comptable.

Le titre est volontairement provocateur : « CFO 4.0 : CFO augmenté ou CFO ubérisé ? », le livre blanc récemment publié par l’association de responsables financiers FI +, en collaboration avec BearingPoint et CDO Alliance, fait le point sur les conséquences de la transformation numérique sur la fonction finance, et en particulier sur le directeur financier. Elisabeth Denner, associée chez BearingPoint, rappelle en introduction quelques chiffres bien connus, mais que l’on préfère souvent oublier : la quatrième révolution industrielle devrait conduire à la disparition, d’ici 20 ans, de 50 % des métiers actuels, alors que 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui. Par ailleurs, la moitié des entreprises du « Fortune 500 » de l’an 2000 a disparu au cours des 18 dernières années.

La direction financière est au coeur de la vague numérique. « Les comptables seront les premiers réfugiés du numérique, le Big Data est en passe de révolutionner les modalités de pilotage de la performance, et la robotisation des processus est déjà une réalité dans les centres de services partagés », souligne le document. Pour les directeurs financiers (DAF ou CFO), cette transformation est à double tranchant. Côté positif, « les nouvelles technologies offrent aux CFO une opportunité inégalée de réinventer la fonction financière, en devenant le véritable architecte de la création de valeur, parfait copilote d’une entreprise devenue plus agile », avec même « la possibilité d’étendre leur emprise au-delà de la fonction financière. » Cependant, tout le monde ne gagnera pas le gros lot : le basculement a de quoi faire peur, et il est clair que tous les financiers d’entreprise ne sont pas prêts à évoluer, quels que soient les formations ou les programmes de « conduite du changement » proposés.

Un comptable superviseur

Lorsqu’il s’agit de viser le zéro papier, les outils sont aujourd’hui nombreux : plates-formes B2B collaboratives ouvertes sur l’écosystème – Tradeshift, Basware, Coupa ou Cegedim, permettant l’interconnexion des clients et fournisseurs, à la manière d’un réseau social professionnel -, applications sur mesure appelées « DYOA » (« Do your own app ») pour compléter les ERP sur des process précis, clôture comptable 100 % numérique, et bien sûr les nouvelles solutions de robotisation – ou « RPA » pour Robotic Process Automation – qu’un quart des entreprises envisageraient de mettre en place à brève échéance.

A terme, la question est de savoir si ces outils peuvent finalement remplacer l’homme. Constatant que le robot devient de plus en plus en plus intelligent, le document s’interroge « le comptable de demain est-il virtuel ? »

« La technologie est désormais suffisamment aboutie pour remplacer progressivement des activités humaines par des robots, et les métiers comptables constituent des fonctions fortement exposées au risque de substitution progressive, obligeant les directions financières du futur à définir le positionnement de l’intelligence artificielle au sein de la stratégie de l’entreprise. » Pourtant, les experts font le pari non pas d’une disparition des comptables, mais d’un « bouleversement du positionnement de la fonction comptable dans l’entreprise, les comptables se plaçant de plus en plus en experts financiers au service des autres fonctions finance. » Ainsi, le comptable de demain serait « superviseur des processus automatisés » avec pour nouvelle tâche notamment de gérer les anomalies. En pratique, cela signifie que les profils vont devoir eux aussi évoluer : appétence pour la technologie, maîtrise de techniques de management du type « Lean » ou « Six Sigma » devront ainsi faire partie du cursus de formation standard.

Cécile Desjardins

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