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Opinion | Rendons enfin les fonctionnaires acteurs de leur carrière

Formation dans la fonction publique

La formation tout au long de la carrière est un levier pour réveiller la mobilité dans la fonction publique. Hélas, le CPF des fonctionnaires est à peine financé et ceux-ci ne peuvent en disposer de manière libre, regrette Claire Pascal, vice-présidente de la Fédération de la formation professionnelle.

Le 2 juin, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique a présenté en Conseil des ministres l’ordonnance portant la réforme de l’Ecole nationale d’administration (ENA) annoncé en avril par le président de la République. Cette réforme, même si très contestée, a la vertu de lancer un débat sur la gestion des parcours professionnels des agents publics.

Au-delà de la formation initiale, nous devons nous interroger sur la carrière des hauts fonctionnaires et de leur trajectoire professionnelle, clé pour le renouvellement de la gouvernance du secteur public.

Faible mobilité

Le sujet du manque de diversité dans le recrutement des hauts fonctionnaires n’est peut-être pas le seul sujet qui mérite attention. La déconnection des élites de la base, que la suppression de l’ENA aurait vocation à corriger, est peut être aussi liée au déroulement de leur carrière avec des mutations fréquentes en haut de la pyramide qui font écho à un déficit de mobilité dans les niveaux inférieurs.

C’est tout le sujet de la mobilité qui se pose, de manière différente entre les niveaux d’agents publics, mais qui reste un sujet RH majeur au sein de la fonction publique. Ainsi, si les hauts fonctionnaires gagneraient à se voir proposer des carrières plus variées alternant expériences publiques et privées, la mobilité de l’ensemble des strates de la fonction publique serait nécessaire pour donner de nouvelles perspectives à l’ensemble des agents et faciliter la transversalité et la culture de coopération.

En réalité, la mobilité au sein de la fonction publique reste faible et ce, malgré le recours facilité à l’embauche de contractuels depuis la loi du 9 août 2019. Cette loi qui pose le principe de cette nouvelle ouverture et d’une mobilité facilitée, n’est pas pourtant allée au bout de ses ambitions.

Un CPF de façade

Le meilleur outil pour accompagner les agents publics dans leur mobilité interne et externe – notamment entre le secteur privé et le secteur public – serait le compte personnel de formation (CPF). Si la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel a mis en place, succédant au DIF (droit individuel à la formation), un CPF pour tous les salariés du secteur privé, le secteur public est resté en panne avec un CPF de façade, non converti en euro et surtout non financé.

Ce sont les administrations publiques qui doivent sanctuariser une part de leur budget formation afin de répondre de manière individuelle aux demandes de CPF venant des fonctionnaires. Les interprétations relatives à l’accessibilité à ces financements sont donc à l’appréciation de l’employeur public en fonction de critères qui lui sont propres et varient largement entre les différentes administrations publiques.

Ce mode de fonctionnement est aux antipodes de la conception même du CPF tel qu’il a été mis en place dans le secteur privé, un outil d’émancipation par la formation professionnelle afin d’accompagner les transitions professionnelles et les carrières des agents.

Financer, enfin, ce CPF

Le droit à la formation devrait être un droit individuel et autonome. Pour ce faire, le CPF des agents de la fonction publique doit être lui aussi comptabilisé en euros et surtout financé de sorte que les agents publics puissent en disposer de manière libre et indépendamment du bon vouloir de leur actuel employeur.

L’accélération de l’obsolescence des compétences fait de l’homogénéisation de ce droit une priorité pour donner à la loi du 9 août 2019 toutes ses chances d’être enfin une loi de modernisation des carrières publiques.

Donnons les moyens de la formation aux agents publics comme outil d’accompagnement de leurs parcours professionnels, afin de favoriser leur mobilité au sein de la fonction publique, ou vers  le secteur privé.  Si «gouverner, c’est prévoir», alors cet effort serait un levier majeur de modernisation de la gestion de ressources humaines de nos administrations publiques.

Claire Pascal est vice-présidente de la Fédération de la formation professionnelle.

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