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« On se fait embaucher pour ses compétences, mais on peut échouer par son comportement » : pourquoi il faut miser sur le savoir-être selon le DG de FNAC Darty

Miser sur le savoir-être

A l’heure où l’IA transforme le monde du travail, quels sont les meilleurs conseils de carrière pour les jeunes ? Enrique Martinez, directeur général de FNAC Darty, explique pourquoi il faut accepter de faire ses propres erreurs et développer autant son savoir-être que ses compétences techniques.

Après plus de vingt-cinq ans passés dans le commerce et la distribution en Espagne, au Portugal puis en France, Enrique Martinez dirige aujourd’hui FNAC Darty, un groupe de 30.000 collaborateurs qu’il a contribué à transformer en leader européen de la distribution spécialisée.

Convaincu qu’il n’existe pas de parcours idéal, il partage les leçons qu’il tire de sa carrière et les conseils qu’il donnerait aux jeunes qui entrent aujourd’hui dans la vie professionnelle.

S’inspirer sans copier

« Je ne crois pas aux parcours tout tracés. Quand je regarde ma propre carrière, je me rends compte qu’il aurait été impossible de l’écrire à l’avance. J’ai fait des études de commerce en Espagne et, au départ, je m’imaginais plutôt vivre dans le monde du sport. Puis le commerce et le management se sont imposés à moi. J’ai changé six fois de pays, occupé des fonctions très différentes avant de devenir directeur général. C’est un parcours très personnel, et c’est justement ce qui me fait dire qu’il ne faut jamais chercher à reproduire celui de quelqu’un d’autre.

Je pense qu’il est important d’avoir des repères, des personnes qui nous inspirent dans notre famille, nos études ou notre environnement professionnel. Elles peuvent nous aider à réfléchir, nous faire grandir et nous ouvrir des perspectives. Mais elles ne doivent jamais décider à notre place. Leur rôle est de nous donner des clés pour construire notre propre chemin, pas de nous enfermer dans un modèle.

Apprendre de ses erreurs

Je suis également convaincu qu’il faut accepter de faire ses propres erreurs. C’est souvent dans les moments difficiles que l’on apprend le plus. Ce sont eux qui nous obligent à rebondir et qui révèlent notre caractère.

J’aime utiliser une image très simple : quand la mer est calme, tous les capitaines paraissent excellents. Mais ce n’est que lorsque arrive la tempête que l’on découvre les vrais capitaines. C’est exactement la même chose dans une carrière.

Les difficultés permettent de savoir si l’on aime vraiment ce que l’on fait et si l’on est capable de continuer malgré les obstacles. Avec le temps, on se rend compte que les réussites sont importantes, mais qu’elles nous apprennent finalement moins que les épreuves.

L’impact de l’IA générative

Je pense que les jeunes qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail vivent un moment particulier. Nous sommes en train d’entrer dans une nouvelle révolution avec l’intelligence artificielle générative. Cette technologie va profondément transformer le monde du travail pendant les vingt prochaines années.

Mon conseil est simple : il faut en faire partie. Il faut être curieux, tester ces outils dans sa vie personnelle, puis les utiliser autant que possible dans sa vie professionnelle. L’objectif est de comprendre cette révolution plutôt que de la subir.

Il faut être suffisamment flexible pour que cette vague nous porte au lieu de nous écraser. Les jeunes ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus : cette transformation est déjà en cours.

A l’heure où l’intelligence artificielle prend une place croissante, je reste notamment convaincu que la lecture est l’un des meilleurs investissements qu’un jeune puisse faire. Lire développe l’esprit critique, nourrit la réflexion et aide à construire cette capacité d’analyse qui fera la différence demain.

L’importance du savoir-être

On parle beaucoup des compétences techniques, des diplômes ou des parcours académiques. Bien sûr, tout cela est important. Mais avec les années, j’ai acquis une conviction : on se fait embaucher pour ses compétences, mais très souvent on peut échouer par son comportement.

Le savoir-être fait souvent toute la différence. Derrière ce mot, je mets beaucoup de choses : le respect des autres, l’éthique, les valeurs, le sens de l’engagement, la manière de travailler avec les autres. Ce n’est pas seulement ce que l’on sait faire qui compte, c’est aussi la façon dont on le fait.

Dans un groupe international, j’ajouterais enfin deux éléments qui me semblent devenus indispensables : la maîtrise des langues et l’ouverture aux autres cultures. Il ne s’agit pas simplement de savoir commander un repas ou demander son chemin à l’étranger. Il faut être capable de négocier, de convaincre et de travailler avec des équipes de nationalités différentes. Comprendre le monde dans lequel on évolue est devenu une compétence à part entière. »

Propos recueillis par NeïlaBeyler

 

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