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« Ai-je vraiment récupéré ? », « Et si mon poste ne me plaît plus ? »… Burn-out, les questions à se poser avant de revenir au travail

Burn-out, les questions à se poser avant de reprendre

Franchir à nouveau la porte de son entreprise après un burn-out n’a rien d’un simple retour de congé maladie. C’est une étape délicate, parfois déroutante, qui nécessite préparation, lucidité et soutien.

Reprendre trop tôt, c’est l’un des pièges majeurs du burn-out. « Il y a des étapes, un processus à respecter », rappelle Maryline Combalot, spécialiste de l’accompagnement post-burn-out. Pour cette ancienne responsable RH, elle-même victime d’un épuisement professionnel et auteure du récent guide « Welcome back to Work » (édition Vuibert), il faut prendre le temps d’interroger ce retour, point par point.

Ai-je vraiment récupéré ?

La récupération n’est pas une formalité : elle demande du temps, souvent plus que prévu. « On veut revenir vite, par culpabilité ou loyauté envers son manager ou ses collègues, mais on n’en a plus la force », insiste Maryline Combalot. Et de rappeler qu’un burn-out est tout à la fois un « épuisement physique, mental et émotionnel ».

Troubles cognitifs, insomnies, crises d’angoisse, tant que ces signaux persistent, le retour est prématuré. Catherine, une salariée accompagnée par la coach, n’arrivait même plus à répondre à un simple SMS envoyé par une collègue, tant l’évocation du travail la replongeait dans la panique.

« Revenir avant d’avoir retrouvé une énergie minimale, c’est s’exposer directement à la rechute », prévient la spécialiste. Et d’insister sur l’importance d’« une temporalité personnelle ».

Ai-je bien compris ce qui m’a conduit au burn-out ?

Sans avoir bien cerné les raisons de ce burn-out, le risque est de reproduire les mêmes schémas. L’autrice invite à faire « une étude à 360°, comme un arbre des causes », une démarche utilisée dans les entreprises pour comprendre les circonstances qui ont provoqué un accident.

Et là, surprise ! Dans ses accompagnements, Maryline Combalot constate que les personnes pointent d’abord un manager ou une surcharge de travail. Mais elles éludent les facteurs individuels : le perfectionnisme, la difficulté à dire non, le surinvestissement, le besoin de reconnaissance, l’engagement trop élevé.

 Si on ne comprend pas ce qui nous a fait tomber, on ne peut pas construire l’après et mettre en place des garde-fous », résume-t-elle.

Ai-je bien identifié ce que je ne veux plus et ce que je veux encore dans mon travail ?

Le burn-out agit comme un révélateur. Beaucoup réalisent qu’ils ne veulent plus d’horaires extensibles, de déplacements incessants ou d’une culture du ‘toujours plus’. Maryline Combalot raconte l’histoire de cette cadre commerciale qui faisait des déplacements en permanence. « A son retour, elle a dit : je ne peux plus maintenir ce rythme, et son entreprise l’a entendue ».

La coach conseille d’établir « une feuille de route pour l’après ». En clair, une liste de vos attentes professionnelles et des évolutions organisationnelles que vous souhaitez voir mises en place de votre entreprise.

« Cela peut concerner les conditions de travail, l’aménagement du poste ou du temps de travail, mais aussi l’organisation de votre retour, son suivi, la reprise progressive », énumère Maryline Combalot. Sans oublier les signaux d’alerte pour ne pas rebasculer dans un autre burn-out. « Apprendre à poser des limites, en termes d’horaires, de charge de travail, de disponibilité, permet aussi de prévenir la rechute ».

Les conditions de mon retour dans l’entreprise sont-elles réunies ?

Entre les réorganisations, les changements de managers ou l’absence de remplaçants, l’environnement peut avoir beaucoup évolué. « Parfois, le manager toxique est parti, ou un logiciel a été mis en place pour alléger les tâches, ou une personne a été recrutée pour seconder celle qui revient », observe Maryline Combalot.

Mais l’inverse existe aussi. Un exemple l’a marquée : une RH a répondu à une salariée après 12 mois d’arrêt, « soit vous êtes apte, soit vous êtes inapte », avant de lui annoncer qu’on l’attendait « avec impatience » pour lui confier un nouveau projet. « Ce premier contact désastreux a mis la salariée dans un tel état de stress qu’elle a rechuté immédiatement ».

Comment préparer le dialogue avec mon employeur ou les RH ?

Le premier contact est déterminant. « Plutôt que d’appeler, envoyez un mail simple au service RH ou à votre manager, pour demander un créneau d’échange », recommande Maryline Combalot. L’objectif du rendez-vous : partager ses besoins, exprimer ce qui n’était plus tenable et vérifier les conditions du retour. Bref, « co-créer un plan de reprise », pointe l’experte.

Par ailleurs, il est impératif que le manager soit présent le jour du retour. « Il peut par exemple proposer de déjeuner avec la personne qui revient, et inviter des collègues. A lui et à l’équipe RH de soigner l’onboarding ».

En parallèle, le médecin du travail joue un rôle clé de médiation et d’évaluation. « On peut avoir des réticences à lui parler à cause de son lien avec l’employeur. A vous de voir ce que vous avez envie de lui dire, en sachant que ce qui est important, c’est que le retour se passe au mieux ».

Et si mon poste ne me plaît plus ?

Le burn-out peut agir comme un signal de rupture. Beaucoup envisagent la reconversion via une rupture conventionnelle ou la démission. « Certains salariés, une fois reconstruits, préfèrent partir, pour que cela ne laisse aucune trace visible dans leur CV. Ils reprendront ensuite un poste, dans une nouvelle société et ce burn-out sera leur secret », observe Maryline Combalot.

D’autres évoluent en interne, ou bifurquent vers des métiers manuels, créatifs ou relationnels. L’important est de ne pas décider en tout début de burn-out. « Attendez la fin de votre arrêt de travail avant de prendre une décision professionnelle impactante », conseille la coach.

Dois-je révéler ou non à mes collègues que j’ai fait burn-out ?

« Si je ne dis rien, comment les choses pourraient changer ? », interroge Maryline Combalot. Mais on n’est pas obligé de tout dire : « On peut expliquer sans entrer dans l’intime ». Pour la spécialiste, c’est la personne qui décide du niveau de détail qu’elle souhaite partager. « L’essentiel est qu’elle se sente à l’aise lorsqu’elle s’exprime ».

Comment me protéger des peurs liées au retour ?

Peur de l’accueil qui vous sera réservé, crainte d’avoir perdu des compétences, un savoir-faire, de ne plus être à la page, à la hauteur… Maryline Combalot se veut rassurante : « Ces appréhensions sont fréquentes et normales ».

Dans son livre, l’autrice propose de pratiquer « une visualisation mentale ‘positive’, un peu comme les sportifs de haut niveau avant une compétition ». Une façon de « réduire le stress et l’anxiété », de préparer son corps et son esprit « à faire face avec plus de sérénité, et de gagner en confiance ».

 

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