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Philippe Debruyne : « Il faut changer de regard sur ce qu’est une formation »

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Pour le président du Comité paritaire interprofessionnel national pour l'emploi et la formation (Copanef), la formation en situation de travail est une solution aux difficultés de recrutement des PME.

En quoi une formation en situation de travail est-elle différente d’une formation sur le tas ?

La différence tient à la formalisation. Il s’agit d’une formation organisée, intentionnelle, et qui a vocation à s’inscrire dans le plan de développement des compétences de l’entreprise. Elle sera donc éligible aux fonds mutualisés des entreprises de moins de 50 salariés.

Sa mise en place suppose une réflexion en amont pour que la situation de travail soit réellement apprenante et fasse l’objet d’un accompagnement. Le salarié doit bénéficier d’un « droit à l’essai étayé », ou « droit à l’erreur », ce qui nécessite généralement un aménagement de la situation de production normale.

Quels sont les principaux enseignements de ces deux ans d’expérimentation ?

L’expérimentation visait prioritairement les personnes ayant peu d’appétence pour les formations classiques, souvent peu qualifiées, et les TPE, même si cela peut intéresser les grandes entreprises. Nous nous sommes aperçus que l’enjeu principal n’était pas tant juridique que pratique.  La loi Avenir professionnel reconnaît qu’une action de formation peut se réaliser en situation de travail. Pour autant, il n’existe pas de modèle prédéfini. Tout doit être préparé.

L’aménagement du poste de travail est une contrainte, mais qui offre des avantages indirects : elle améliore l’accueil des apprentis en entreprise, et peut avoir un impact positif sur les conditions de travail. Autre enseignement, il faut aménager du temps en parallèle de la formation pour prendre du recul. A l’arrivée, cela débouche ou non sur une certification. Mais dans tous les cas, la personne formée trouve plus de sens dans son travail et gagne une plus grande reconnaissance de ses collègues.

Quelle sera la suite ?

Un certain nombre de questions se posent sur le modèle économique de ces formations. Le coût d’ingénierie n’est pas neutre pour une entreprise même si elle peut façonner la formation à ses spécificités et, du coup, résoudre ses difficultés de recrutement quand les candidats compétents manquent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les régions, qui sont responsables de la formation des demandeurs d’emploi, s’y intéressent, de même que Jean-Marie Marx, le haut-commissaire aux Compétences.

Il y a enfin un enjeu de dialogue social. La première réaction des élus syndicaux peut être de suspecter des situations de production déguisées. Plus globalement, il s’agit de changer de regard sur ce qu’est une formation.

Alain Ruello

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