Management

Management : les ravages du non-dit en entreprise

Les non-dits en entreprise

Dans certaines cultures d’entreprise, l’implicite est solidement ancré. Accentué par le travail à distance, il devient une composante de la culture de l’entreprise et il est ensuite difficile de la faire évoluer, chacun ayant intégré que sa propre protection passe par son silence.

L’histoire se passe dans un grand groupe. Des tensions ayant émergées entre des entités, une mission a été confiée à des consultants pour interroger les acteurs. Ceux-ci, dans leur grande majorité, tiennent un discours positif à propos de leurs interlocuteurs. Les consultants concluent que beaucoup de progrès ont été accomplis. Tout le monde est satisfait et le dossier est refermé. Bien évidemment les tensions reprennent sur un autre sujet quelques mois plus tard.

Dans certaines cultures d’entreprise, le non-dit est solidement ancré. Chacun a compris que, moins on dit ce que l’on pense, mieux on se porte. Le principe est d’avoir un discours qui atténue les problèmes pour souligner les réussites, qui gomme les désaccords pour mettre en valeur la qualité de la coopération, qui met sous le tapis les difficultés futures pour se centrer sur la rentabilité à court terme.

Conservatisme et statu quo

Évidemment, c’est plus confortable pour les dirigeants auxquels cela évite de se confronter à des problèmes souvent complexes. Dès que quelqu’un tente d’en sortir, il est remis à sa place de telle façon qu’il comprend qu’il vaut mieux ne pas réitérer. Si tout cela reste implicite, pour autant cela se diffuse rapidement pour devenir une composante de la culture de l’entrepriseIl est ensuite difficile de la faire évoluer, chacun ayant intégré que sa propre protection passe par son silence. Parfois, l’hypocrisie va jusqu’à justifier le non-dit par la nécessité d’avoir un discours positif qui met en valeur les succès et ce qui marche bien, plutôt que de se focaliser sur les dysfonctionnements.

CHRONIQUE – Comme je travaille, je vis

DECRYPTAGE – Les managers « toxiques », un sujet de recherche académique

L’importance du non-dit est le reflet du niveau de conservatisme d’une organisation. Car il protège avant tout le statut quo. Or, l’un des effets du travail à distance est qu’il favorise le non-dit. Le télétravail privilégie le contenu factuel voire technique des échanges. Il laisse peu de place à la nuance, au questionnement, au doute. Il est plus cadré dans le temps et plus expéditif. Les réserves des uns ou des autres trouvent rarement leur place dans les échanges. Ce mode de fonctionnement donne une illusion d’efficacité. C’est rapide, direct, concret. On va droit au but et les sujets sont traités.

Accumulation d’émotions négatives

Mais ces échanges creusent aussi une distance invisible à travers tout ce qui ne trouve pas d’espace pour s’exprimer et qui reste non-dit. Cette distance apparaîtra à la moindre tension qui prendra alors une ampleur émotionnelle qui semblera démesurée par rapport au sujet. Autrement dit, le non-dit induit une accumulation d’émotions négatives qui finiront par trouver des voies détournées pour s’exprimer.

La sortie de la crise sanitaire va devoir être l’occasion d’ouvrir l’expression. Les désaccords doivent être banalisés et gérés avec méthode pour ne pas rester en suspens.

EN CHIFFRES – Radiographie des cadres en pleine crise du Covid

Par Eric Albert (associé gérant d’Uside)

Laisser un commentaire