Développement personnel

Les nouvelles réalités du monde du travail après la pandémie de Covid

Les nouvelles réalités du monde du travail

La crise sanitaire de ces deux dernières années a modifié les habitudes de travail au niveau mondial. Dans une étude, l’OIT montre que l’on continue de travailler plus en Asie qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Le PIB par emploi ne grimpe presque plus dans la zone euro.

Les salariés travaillent trop ou pas assez. Une étude de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), publiée vendredi, montre que débuter sa journée à neuf heures pour l’achever à dix-sept heures n’est pas la norme pour plus de la moitié de la main-d’oeuvre mondiale. Globalement, environ un tiers des employés ont une semaine de travail de plus de 48 heures, tandis qu’un cinquième travaille à temps partiel ou moins de 35 heures par semaine.

Géographiquement, c’est en Asie où l’on travaille le plus. En Asie du Sud, le temps de travail moyen s’élève par exemple à 49 heures. A l’inverse, c’est en Europe (37,2 heures) où l’on travaille le moins. L’Amérique du Nord (37,9 heures) est légèrement au-dessus, tandis que l’Afrique affiche une moyenne de 38,8 heures.

La crise du Covid-19 a partiellement comblé l’écart. Les longues heures de travail ont légèrement diminué au début de la pandémie, et le sous-emploi a quelque peu augmenté en parallèle. Ces deux phénomènes se sont estompés, et la situation est revenue à celle observée avant la pandémie, à la fin de 2020.

Le temps partiel comme amortisseur

Durant la pandémie, l’OIT admet que la hausse du nombre d’employés effectuant des heures réduites a probablement empêché les pertes d’emplois. Toutefois, les bienfaits (amélioration de la vie de famille, par exemple) occasionnés par la flexibilisation des heures de travail « peuvent s’accompagner d’inconvénients comme […] des risques plus importants en ce qui concerne la santé ». Si le télétravail a pu maintenir l’emploi et créé un nouveau cadre pour l’autonomie des salariés, il nécessite des réglementations pour en limiter les effets négatifs potentiels, à l’instar d’une législation sur le « droit à la déconnexion » .

Les mesures prises pendant la pandémie montrent que « le fait d’accorder davantage de flexibilité aux salariés à propos de la manière dont ils travaillent, de l’endroit et du moment où ils travaillent, peut s’avérer positif à la fois pour eux-mêmes et pour les entreprises, par exemple en améliorant la productivité », fait valoir l’OIT. A contrario, restreindre cette flexibilité entraîne des coûts importants, notamment un roulement accru du personnel.

L’Europe travaille moins

Depuis la pandémie, la baisse du temps de travail a pris de l’ampleur en Europe. Par rapport à la période d’avant-Covid, le salarié européen travaille en moyenne un peu moins longtemps. C’est un grand changement induit par la pandémie que montrent les statistiques disponibles. A l’échelle de la zone euro, les heures travaillées au troisième trimestre étaient supérieures de 0,2 % par rapport à la fin 2019, tandis que le nombre d’emplois était supérieur de 1,9 %. « Les Européens sont plus nombreux à travailler mais ils travaillent un peu moins d’heures chacun », constate Anton Brender, chef économiste du fonds de gestion Candriam. En effet, le taux d’emploi des personnes âgées de 15 à 64 ans dans la zone euro est passé de 68,2 % de la classe d’âge en 2019 à 69,9 % en 2022.

« Dans l’arbitrage entre salaire et loisirs, les Européens optent pour le temps libre. Il s’agit d’une différence importante avec les Etats-Unis »

Et il ne semble pas que ce soit à cause du développement du temps partiel contraint que les gens sont plus nombreux à travailler. « La part du temps partiel dans l’emploi total a en fait reculé de 21,2 % à 20,4 % en trois ans », indique Charles-Henri Colombier, économiste chez Rexecode. Cela fait dire à Anton Brender que « dans l’arbitrage entre salaire et loisir, les Européens optent pour le temps libre. Il s’agit d’une différence importante avec les Etats-Unis. » Il ne semble pas y avoir de préférence pour les loisirs outre-Atlantique. Les difficultés de recrutement que disent rencontrer les entreprises européennes trouvent probablement une partie de leur explication dans ce choix des salariés.

La productivité en berne

Ces trois dernières années, le PIB par emploi ne grimpe presque plus dans la zone euro. En clair, les gains de productivité sont quasi-nuls. C’est le cas dans toutes les grandes économies de la région, tant en Allemagne, en France, en Italie qu’aux Pays-Bas. En Espagne, le PIB par emploi recule depuis le Covid.

Parallèlement, la population active n’augmente plus beaucoup dans la zone euro. Elle n’a progressé que de 0,9 % depuis 2019. Cela permet certes de réduire le taux de chômage actuellement au plus bas depuis des décennies dans la région. Mais dans ces conditions, le potentiel de croissance future est amené à s’affaiblir un peu plus. On pourra arguer que, face au réchauffement climatique, l’absence de croissance est bienvenue, que le partage du travail est plus équitable puisque le nombre de sans-emploi diminue. Mais cela implique aussi des difficultés à venir pour financer l’Etat-providence et des tensions sociales à l’horizon si la taille du gâteau n’augmente plus.

Par Guillaume de Calignon, Richard Hiault

 

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