Véritable cauchemar pour de nombreux salariés, l’open space présenterait pourtant un certain nombre d’avantages pour les managers… Décryptage.
Quel salarié en open space, coincé entre deux collègues qui hurlent dans leur casque comme s’il n’y avait personne autour, n’a jamais rêvé du calme olympien du bureau fermé ? Ce privilège, qui est le plus souvent l’apanage des collaborateurs les plus haut placés de l’entreprise, perd pourtant du terrain.
« On observe un mouvement de fond des bureaux fermés vers des espaces plus ouverts, décloisonnés », constate Camille Rabineau, fondatrice du cabinet Comme on travaille, qui accompagne les entreprises dans l’aménagement de leurs espaces.
« Les managers ont besoin de pouvoir gérer un appel confidentiel »
Stéphanie Machart, ancienne directrice du développement humain dans un grand groupe, aujourd’hui reconvertie en humoriste, a connu le déménagement du bureau au plateau. A son plus grand dam. « Je déteste les open space. En plus, mon bureau est juste derrière la porte d’entrée, ce qui veut dire que tous ceux qui rentrent voient directement mon PC. J’ai tellement baissé la luminosité de l’écran que même moi, je ne vois plus rien ! » ironise l’ex-responsable RH sur son compte Instagram, suivi par près de 100.000 abonnés.
Plus sérieusement, « ce n’est vraiment pas évident de travailler correctement en open space, à cause du bruit, et surtout pour des raisons de confidentialité. Je trouve cela nécessaire d’avoir un espace fermé quand on mène des échanges sensibles avec les collaborateurs », confie Stéphanie Machart aux « Echos ».
Camille Rabineau, qui a accompagné plus d’une cinquantaine d’entreprises vers le passage en open space, le constate : le manque de confidentialité est l’une des plus grandes craintes des managers. « Ils ont besoin de pouvoir, sans stress, gérer un appel confidentiel, accueillir un collaborateur qui lui partage un sujet sensible, recadrer un salarié », reconnaît l’experte.
Autre frein, peut-être moins avouable : la dimension statutaire du bureau. « Historiquement, plus on montait dans l’entreprise, plus on avait un grand bureau », remarque Camille Rabineau. Mais pour la fondatrice de Comme on travaille, les managers n’ont plus forcément besoin d’avoir leur propre pièce si l’espace de travail est bien pensé.
« J’en avais assez de pousser les murs »
« Ce qui pose problème, ce sont les grands espaces avec des postes de travail alignés en mode ‘poulailler’, sans intimité », affirme Camille Rabineau, qui évoque l’image du plateau du film « Le Loup de Wall Street », qui met en scène le monde de la finance des États-Unis dans les années 1990.
« Aujourd’hui, on ne conçoit plus d’open space de ce type : on essaye de structurer l’espace en créant des îlots de bureaux, on sépare les surfaces avec des rangements, et surtout, on intègre des endroits pour travailler en silence ou organiser des échanges confidentiels, comme les ‘phone box’ ou des salles de réunion réservables », énumère Camille Rabineau.
Pieric Brenier est le fondateur de Koesio, une entreprise de 4.000 collaborateurs qui fournit des solutions informatiques aux PME. Il y a six ans, il a décidé de progressivement supprimer le bureau individuel au sein de sa société – et ce, même pour lui. « Post-Covid, la moitié de nos bureaux étaient vides. De plus, nous avons connu une grande croissance et j’en avais assez de ‘pousser les murs’ », justifie-t-il. Et pour lui, pas question de revenir en arrière.
« On s’aperçoit de beaucoup plus de choses quand on ne travaille pas enfermé dans un bureau. Il est plus facile d’identifier les signaux faibles, de savoir si nos équipes vont bien », rapporte le président de Koesio. « Souvent, les dirigeants que j’accompagne veulent être plus proches de leurs collaborateurs, confirme Camille Rabineau. A cause de la montée en puissance du télétravail, l’accès au manager n’est plus si simple. Se retrouver dans des espaces décloisonnés peut alors aider. »
Question d’exemplarité
Travailler au milieu de ses équipes permet également d’instaurer des relations moins verticales. « Si je convie quelqu’un en entretien individuel dans mon bureau, derrière une grande table, avec tous mes ‘trophées’ aux murs, de facto, nous ne discutons pas d’égal à égal », illustre Pieric Brenier. Abandonner son bureau individuel est aussi une question d’exemplarité, selon le fondateur de Koesio : « Si je demande à mes salariés de faire l’effort de travailler en open space, je vois difficilement comment justifier le fait de garder mon bureau. »
Les bureaux, ou non, pour les chefs, c’est aussi une question de culture d’entreprise. Si l’on souhaite conserver un management très vertical et des niveaux de hiérarchie marqués, déloger les directeurs de leurs bureaux n’est peut-être pas une bonne idée. Mais pour les autres, cette démarche peut être bénéfique. Mais attention, pour toute initiative de réaménagement des espaces en entreprise, « impliquer les collaborateurs dans le projet pour prendre en compte leurs besoins est essentiel », selon Camille Rabineau.
Faustine Mazereeuw



