Développement personnel

« J’ai divisé mon salaire par deux pour aider le plus de personnes possible » : le pari de Romain pour maximiser son impact

Maximiser son impact

Après des études d’ingénieur, Romain Barbe devient officier dans la Marine nationale puis rejoint une start-up de vélos électriques à Bruxelles. En quête d’un avenir professionnel plus utile, il quitte, à 25 ans, une carrière prometteuse pour cofonder l’association Mieux Donner.

« Aujourd’hui, je gagne moins de 2.000 euros brut par mois. Et depuis trois ans, je donne au moins 10 % de mes revenus par an à des associations recommandées pour leur impact. Quand j’en parle, les gens sont étonnés. Il y a quelques années, j’aurais réagi pareil.

Mon parcours ne me prédisposait pas à ce choix. Ingénieur diplômé à l’INSA Strasbourg, puis officier dans la Marine nationale un an dans le Pacifique, j’ai rejoint une start-up de vélos électriques à Bruxelles. J’aimais mon travail. J’avais des collègues brillants, des responsabilités, des perspectives d’évolution. Des chasseurs de tête me faisaient miroiter des salaires à six chiffres.

Vu de l’extérieur, tout allait bien. Mais une question revenait sans cesse : est-ce que j’utilisais mes compétences là où elles pouvaient être les plus utiles ?

Entre sens et impact

Je viens d’un milieu modeste. J’étais boursier. Très tôt, j’ai voulu faire quelque chose de cette chance. Pendant mes études, je passais parfois plus de temps dans des associations qu’en cours. Je travaillais sur des sujets écologiques, sur la prévention des violences sexistes et sexuelles, sur l’engagement étudiant.

Et peu à peu, j’ai commencé à distinguer deux choses qu’on confond souvent : faire un métier qui a du sens pour nous et faire quelque chose qui a un impact positif sur les autres. En m’intéressant de près à ce sujet, j’ai découvert les travaux sur les carrières à fort impact de 80.000 Hours, une organisation fondée à Oxford, et la communauté de l’altruisme efficace en France. Ce fut une révélation.

Nous avons l’habitude de chercher les résultats, de comparer les coûts. Mais quand il s’agit de vies, pourquoi donnons-nous sans chercher à aider le plus possible ? D’autant que les écarts d’impact entre associations sont immenses.

Certaines font cent fois plus avec le même euro. Ainsi, comme 10.000 personnes à l’échelle mondiale, j’ai décidé de prendre l’engagement des 10 % et de donner une partie de mes revenus à des associations reconnues pour leur efficacité. Puis je me suis demandé si je pouvais aller plus loin.

Une décision risquée

En 2024, à 25 ans, j’ai intégré le très sélectif CharityEntrepreneurship, un incubateur londonien qui aide à créer des associations à fort impact. Là-bas, les projets ne naissent pas d’une passion personnelle. On part d’un problème. On regarde les données. On cherche les solutions qui fonctionnent le mieux.

C’est là que j’ai rencontré Jennifer Stretton, ma future cofondatrice, alors guide de montagne. Au fil des discussions, un constat s’est imposé. Il existait des organisations qui aidaient les donateurs à identifier les associations les plus efficaces en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore en Espagne. Mais personne ne faisait ce travail en France. C’est comme ça qu’est née l’idée de Mieux Donner.

J’ai démissionné de mon emploi. Je me souviens encore de la réaction de ma mère : « J’étais fière de toi quand tu étais ingénieur. » Je la comprends.

A ses yeux, je quittais quelque chose de solide pour un projet dont personne ne pouvait garantir le succès. Ma compagne, alors étudiante, trouvait aussi la décision risquée. Mais je me suis dit que ça valait le coup.

Un modèle unique en France

Avec Jennifer, nous avons lancé l’association Mieux Donner en juillet 2024. Un mois plus tard, nous avions réuni 86.000 euros auprès de philanthropes convaincus par notre démarche. Cet argent a financé notre première année d’activité et nous a permis de nous rémunérer.

En 2025, nous avons atteint plus d’un million d’euros orienté vers des associations évaluées par des experts indépendants, comme GiveWell pour la santé, Giving Green pour le climat ou EA Animal Welfare Funds pour la protection animale. Près de 30 % des dons proviennent d’entreprises.

Nous sommes passés de deux à cinq salariés. Notre objectif pour 2027 est de collecter cinq millions d’euros. Notre modèle étonne. Mieux Donner est financé par des dons philanthropiques dédiés. Et les dons collectés pour les associations leur sont reversés intégralement. Nous ne prélevons aucun pourcentage.

« Aligné avec mes valeurs »

Ce qui me rend le plus fier, ce n’est pas la croissance de l’organisation, ce sont les vies que nous avons améliorées grâce à nos donateurs. Même si j’ai divisé mon salaire par deux, j’ai le sentiment d’être plus aligné avec mes valeurs qu’à n’importe quel autre moment de ma vie.

Je reste convaincu que les bonnes intentions ne suffisent pas. Ce n’est pas parce qu’on est une bonne personne qu’on fait forcément de bonnes choses. C’est plutôt l’inverse. C’est en aidant concrètement les autres qu’on le devient.

Cette réflexion continue de m’habiter. C’est ce qui nous a poussés, avec mon homologue espagnol Pablo Melchor, à écrire « Altruisme rationnel », un livre qui paraîtra le 12 novembre 2026 aux éditions Arpa. On y raconte comment chacun peut utiliser son temps, son argent ou ses compétences pour aider les autres de la manière la plus efficace possible.

C’est la question qui a changé ma trajectoire professionnelle. Et, sans doute, ma vie. »

Corinne Dillenseger

 

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