Risk manager, une fonction de plus en plus reconnue dans l'entreprise
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Risk manager, une fonction de plus en plus reconnue dans l’entreprise

Le responsable des risques d’aujourd’hui se doit d’être à la fois technique et ouvert, pédagogue et tenace. La gestion globale des risques prend une place croissante dans son quotidien.

« Le mouton à sept pattes. » C’est ainsi que Lawrence Trefi, associé chez Heidrick & Struggles, définit les responsables des risques qu’il est régulièrement appelé à chasser pour de grandes entreprises françaises. « Il faut être très technique sur certains sujets, être doté d’un esprit analytique, mais aussi faire preuve d’une grande curiosité, d’une vraie ouverture d’esprit.

Il faut comprendre les métiers, être partie prenante de la vie de l’entreprise, mais aussi avoir un œil critique sur les process et savoir anticiper de façon concrète les conséquences des décisions stratégiques. Enfin, il faut de grandes qualités humaines, être excellent pédagogue et bon communicant : le responsable des risques d’aujourd’hui ne peut plus rester dans sa tour d’ivoire, à plancher sur sa cartographie, il doit aller vers les autres, apporter des solutions et être capable de se forger des relais dans toute l’entreprise », détaille ce spécialiste du recrutement. Le mouton rare étant cher, on comprend que les niveaux de rémunération soient montés au cours des dernières années. « La fonction a pris entre 15 et 20 % d’augmentation en cinq ans, tant en fixe qu’en variable », estime Lawrence Trefi.

Un portrait qui correspond bien au profil de la profession dressé par le dernier Baromètre de l’Amrae (*), en ligne avec les éditions précédentes. Ainsi, une part croissante des professionnels du risque en entreprise est aujourd’hui orientée vers la gestion des risques (fonction dite « ERM », pour « Entreprise Risk Management »), exclusivement ou partiellement (respectivement 40 et 36 %), tandis que les professionnels chargés uniquement de la gestion des assurances et de la prévention des risques assurables (« AP ») ont baissé de 42 % à 31 % au cours des quatre dernières années.

« Le ‘risk manager’ d’aujourd’hui supporte, aide et conseille la stratégie de l’entreprise. Il lui faut fournir aux dirigeants de l’entreprise les éléments permettant de prendre les bonnes décisions stratégiques. C’est un profil de poste qui n’existait même pas il y a trente ans : il y avait des acheteurs d’assurance, mais les métiers travaillaient en silos », analyse Jo Willaert, président de Ferma, la Fédération européenne qui regroupe les associations professionnelles des responsables de risque.

La palette des risques suivis s’est élargie : après le risque opérationnel (91 %) vient désormais le risque de fraude (83 %) et les risques environnementaux et cyber (79 %), ces derniers montant clairement dans les classements. Le risque de conformité préoccupe 77 % des professionnels (contre 56 % en 2015) et les risques liés à la sûreté et la sécurité 76 % des répondants. « Chaque risque, aujourd’hui, doit être analysé et quantifié, ce qui requiert une très grande qualification des professionnels », complète Jo Willaert.

Baromètre du Risk Manager

Reconnaissance de la fonction Risk manager

Le périmètre d’intervention est aussi plus large que par le passé, avec, aux premiers rangs, la diffusion de la culture du risque (82 %), l’appréciation du risque (79 %), la maîtrise des risques (70 %), le pilotage et le reporting des risques (70 %), loin devant la gestion des sinistres (46 %). « Parmi les attributions des risk managers, l’accent est vraiment mis aujourd’hui sur la diffusion d’une culture du risque dans l’entreprise, sur demande des directions générales. On le voit sur les fiches de postes, mais aussi dans le rattachement de la fonction, de plus en plus courant, au plus haut niveau de l’entreprise », confirme Lawrence Trefi. En parallèle de leurs fonctions, 32 % des risk managers sont en charge du contrôle interne et 18 % de la fonction conformité (contre 13 % en 2015).

Parallèlement, les professionnels du risk management se sentent de mieux en mieux reconnus (à 64 % contre 54 % en 2015) : 44 % sont aujourd’hui rattachés à la direction générale, contre 36 %, il y a deux ans. « Le risk management est aujourd’hui une discipline corporate très importante, qui se situe au coeur de la gouvernance de l’entreprise : il bénéficie d’une meilleure reconnaissance et d’un accès à la direction générale », juge Brigitte Bouquot, présidente de l’Amrae.

Ainsi, 91 % des « top managers » de la profession affirment avoir un contact avec le directeur général de l’entreprise et leur participation aux différents comités a fortement augmenté ces dernières années : 58 % sont membres du comité des risques en tant qu’opérationnels, 38 % en tant qu’administrateurs, et plus du quart des top risk managers sont aujourd’hui membres du comité de direction.

Toutefois, il reste toujours du chemin à parcourir. « Tout le monde s’accorde pour dire qu’il faut réduire les risques, mais les moyens ne sont pas toujours à la hauteur. La valeur du métier progresse, mais le risk manager n’est pas toujours autant reconnu que d’autres top managers de l’entreprise », juge Jo Willaert.

(*) – Le « Baromètre du Risk manager 2017 » (5e édition de cette étude biannuelle) s’appuie sur une enquête réalisée en France par PwC et l’Amrae entre janvier et avril 2017 auprès de 270 risk managers.

Cécile Desjardin

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