Ressources humaines

Les chasseurs de têtes sursollicités face aux difficultés de recrutement

Les chasseurs de têtes

Les entreprises, poussées par la reprise, ont un besoin urgent d’étoffer l’encadrement pour conduire leurs projets de transformation dans le digital, la logistique, ou la RH. Mais les tensions sur le recrutement se font sentir et le recours aux chasseurs de têtes s’intensifie.

En 2021, les entreprises devraient recruter 247.000 cadres, d’après l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Mais elles risquent d’avoir du mal à les trouver. La chasse aux talents, bien présente avant la crise, est largement rouverte. Fini l’attentisme de l’an dernier. Dans son dernier baromètre trimestriel, publié fin juillet, l’Apec relève que 14 % des entreprises ont recruté au moins un cadre au deuxième trimestre, soit deux points de plus qu’au premier et 30 % de plus qu’à la fin de 2020.

« Dans les métiers à forte valeur ajoutée, informatique, ingénierie, R&D, finance, assurance, conseil en entreprise et dans la construction, on retrouve des niveaux d’embauche d’avant-crise », détaille Gilles Gateau, directeur général de l’Apec. Et la tendance va se poursuivre. Quelque 12 % des entreprises prévoient de recruter au troisième trimestre, « et, sous réserve d’une quatrième vague et d’une restriction sur certaines activités, la fin de l’année sera encore meilleure », prédit Gilles Gateau.

Perle rare

Une recrudescence due à un effet rattrapage des recrutements gelés en 2020, et à un fort rebond d’activité. Or, les entreprises sortent de la crise en manque de ressources, car elles n’ont pas renouvelé les départs et ont vu partir des compétences. Cette soudaine envolée provoque la pénurie des postes. Toujours selon l’Apec, près de huit entreprises sur dix pensent qu’elles auront du mal à trouver. Dans cette quête effrénée de la perle rare, les chasseurs de têtes sont aux premières loges. Malgré le coût – de 25 à 30 % du salaire annuel brut de la nouvelle recrue -, les entreprises les sollicitent à plein.

Depuis quelques mois, Michael Obadia, fondateur dirigeant du cabinet Upward affirme « refuser plusieurs missions par semaine. Depuis huit ans que nous faisons ce métier, je n’avais jamais fait cela ». Son cabinet réalise 200 missions par an.

La profession revit après avoir pris de plein fouet le gel économique de l’an dernier. Selon Syntec Conseil, qui regroupe une partie des cabinets de recrutement, l’activité a reculé de 21,5 % en 2020, mais elle devrait connaître une hausse de +7 % au second semestre 2021 par rapport à la même période en 2019, et +25 % par rapport à 2020.

Transformation digitale

« Les entreprises ont besoin d’accélérer sur tous les fronts pour ne pas rater la reprise, et elles ont de l’argent, mais il faut trouver les compétences », rapporte Henri Vidalinc, président de Grant Alexander. Et il faut faire vite. « Certaines entreprises sont prises à la gorge et nous demandent de trouver quelqu’un en deux semaines », décrit Michael Obadia.

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Des métiers du luxe sous tension

« Les dirigeants n’ont pas assez de ressources pour mener à bien certains projets qui ont été sous-estimés avant la crise, comme la transformation digitale », souligne Hymane Ben Aoun, à la tête de la commission recrutement du Syntec. Responsable marketing digital, spécialiste de la cybercriminalité, chef de projet, data analyst… ces salaires se négocient à la hausse. « On se les arrache », lâche Michael Obadia, citant cette entreprise numérique qui a vu son offre d’emploi déclinée par huit candidats. « Certains enlèvent leurs profils LinkedIn car ils sont harcelés par les chasseurs de têtes », confie un acteur de la profession. La tension touche aussi les métiers de la logistique, de la finance, des RH, de la transition énergétique…

Mur du recrutement

Le Covid-19 a bouleversé les attentes des salariés . « Le turnover est important, des gens ont décidé de partir, la crise a révélé parfois des tensions avec l’employeur », décrit Michael Obadia. Les employeurs qui n’ont pas intégré les nouveaux modes de travail (télétravail, management moins vertical, autonomie…) sont à la peine. « Ils sont concurrencés par des start-up qui ont très bien traversé la crise, ont levé des fonds, et offrent des salaires attractifs et des conditions de travail agréables. »

Face à ce mur du recrutement, le fonds d’investissement InnovaFonds, qui investit dans des PME industrielles en région, a décidé de recruter un spécialiste RH pour les accompagner. « Il pourra aider à trouver les bons profils, à être sur les bons supports de recrutement, a écrire les offres d’emploi, il faut aider les PME à être sexy et à se vendre notamment en matière de RSE », indique Anthony Dubut, son président. A part les chasseurs de têtes, les entreprises se tournent vers la cooptation et les réseaux sociaux. Et surtout, elles retiennent ceux qui sont là. « Il est rare qu’une entreprise essaie de retenir en gonflant le salaire de quelqu’un qui démissionne, et là, je le vois plusieurs fois par mois », déclare Hymane Ben Aoun.

Marion Kindermans

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