Entre objectifs à atteindre, équipes à accompagner et transformations à piloter, les managers évoluent aujourd’hui dans des environnements sous tension. Dans ce contexte, les frictions du quotidien au sein d’une équipe (incompréhensions, désaccords, irritations) prennent rapidement de l’ampleur.
Comment, dans ces conditions, gérer les tensions sans y laisser son énergie ?
Des tensions ancrées dans des situations de travail de plus en plus complexes
Dans les équipes, les tensions ne naissent pas uniquement de désaccords de fond. Elles apparaissent le plus souvent dans des situations où les repères de travail (rôles, attentes, modes de fonctionnement) ne sont pas suffisamment clairs ou partagés.
Plusieurs situations concrètes y contribuent.
La répartition de la charge de travail, lorsqu’elle est perçue comme déséquilibrée, est l’une des premières sources de frustration. Sans visibilité sur les contraintes des uns et des autres, les écarts d’implication sont rapidement interprétés comme un manque d’engagement ou d’équité.
Le flou autour des rôles et des responsabilités constitue un autre facteur structurant. Dans des organisations de plus en plus transverses, il devient parfois difficile de savoir qui décide, qui tranche, ou qui est responsable d’un sujet. Ces zones d’incertitude favorisent alors les incompréhensions, voire des conflits de légitimité.
Les modes de travail hybrides ou à distance accentuent ces difficultés. Les échanges sont plus rapides, mais aussi plus fragmentés, laissant davantage de place aux interprétations. Les occasions de réguler les tensions de manière informelle (un échange spontané, une clarification immédiate) se raréfient.
À cela s’ajoutent des différences de fonctionnement entre collaborateurs : rapport au temps, niveau d’exigence, manière de communiquer. En l’absence de cadre explicite, ces écarts deviennent des sources de friction récurrentes.
Ces situations ont un point commun : elles créent du flou. Et c’est ce flou qui alimente les tensions.
Or, ce flou est d’autant plus difficile à réguler que les managers disposent de peu de temps pour intervenir. Pris entre des priorités opérationnelles fortes et des attentes élevées en matière d’accompagnement et de résultats, ils arbitrent en permanence, souvent au détriment de la régulation des relations de travail.
D’ailleurs, selon une étude menée par Ipsos et le Boston Consulting Group (BCG), 85 % des managers estiment que leur rôle s’est complexifié ces dernières années, et une part importante d’entre eux se déclare en situation d’épuisement. Or, cette pression ne reste pas cantonnée au manager et se diffuse dans l’équipe. Très souvent, un manager sous tension pilote, de fait, des collaborateurs sous tension (moins de disponibilité, arbitrages plus rapides, difficultés à réguler les tensions).
Des tensions qui coûtent aux équipes et aux entreprises
Lorsque les tensions s’installent dans la durée, leur impact ne se limite plus aux relations interpersonnelles. Elles commencent à affecter directement la manière dont le travail est réalisé.
Le premier coût invisible ? Celui de l’énergie mobilisée pour éviter le conflit. Les collaborateurs passent du temps à contourner certaines situations, à reformuler leurs messages, à anticiper les réactions. Une partie de leur attention n’est plus dédiée au travail, mais à la gestion implicite des tensions.
Progressivement, ces ajustements affectent la fluidité du collectif. Les échanges deviennent moins directs, certaines informations circulent moins bien, et des décisions sont prises sans réelle coordination pour éviter les frictions.
Ces déséquilibres finissent par avoir un impact opérationnel. Des projets ralentissent, des erreurs apparaissent faute d’alignement, et la qualité de l’exécution peut se dégrader. Sans être toujours identifiées comme telles, les tensions pèsent concrètement sur la productivité et la performance.
À titre d’exemple, une étude canadienne récente évalue à 55 jours/an/employé la perte de productivité liée à des désaccords mal gérés en équipe. De même, l’Observatoire du coût des conflits au travail d’OpinionWay révèle dans une étude de 2023 que les petites tensions et les fortes confrontations qui se déroulent chaque jour en entreprise coûtent l’équivalent d’un mois de travail, par an, aux entreprises, soit plus de 152 milliards d’euros de coût salarial à l’échelle française.
Dans le même temps, la position du manager évolue. À mesure que les tensions persistent, il est davantage sollicité pour intervenir, arbitrer ou recadrer, ce qui alourdit encore sa charge et réduit sa capacité à se concentrer sur ses missions prioritaires.
À plus long terme, ces situations influencent l’engagement des équipes. Une accumulation de tensions non traitées peut nourrir un sentiment d’injustice, de lassitude ou de désalignement, et conduire à du désengagement, voire à des départs.
Reprendre la main sans s’épuiser : agir sur la manière dont les tensions sont traitées
Clarifier les règles du jeu pour limiter les tensions à la source
Un premier levier consiste à réduire les zones de flou qui alimentent les tensions. Qui décide ? Qui est responsable de quoi ? Comment exprimer un désaccord ? Qu’est-ce qui est attendu en matière de communication ou de coopération ?
Quelques ajustements suffisent souvent :
- expliciter les rôles et les zones de décision, notamment sur les projets transverses,
- poser des règles simples (se parler directement en cas de désaccord, éviter les messages indirects),
- clarifier les attentes en matière de communication (réactivité, transparence, feedback),
- prévoir des moments pour traiter les irritants (points d’équipe, feedback réguliers).
Exemple : dans une équipe projet, deux collaborateurs s’opposent régulièrement sur la validation des livrables. En clarifiant qui a le rôle de décision finale et à quel moment, le manager évite des allers-retours inutiles et désamorce une tension récurrente.
Intervenir dès les premiers signaux faibles
Les tensions apparaissent rarement de manière brutale. Elles se manifestent d’abord par des signaux faibles : échanges plus secs, évitement, retards, incompréhensions répétées. Une intervention rapide, même informelle, permet souvent de désamorcer la situation :
- un point rapide en individuel pour clarifier une situation perçue comme tendue,
- une question posée en direct pour lever une incompréhension,
- un recadrage léger en réunion si une tension apparaît.
Le recours aux RH reste pertinent dans des situations plus installées ou sensibles (conflits ouverts, risques psychosociaux, situations bloquées). Mais dans la majorité des cas, une régulation précoce par le manager suffit à éviter l’escalade.
Faire du dialogue une responsabilité partagée
Lorsque la tension est plus installée, le rôle du manager est de faciliter l’échange, sans s’y substituer. Il crée un cadre, pose des questions, reformule, mais ne porte pas seul la résolution.
Cela suppose que les collaborateurs soient capables d’exprimer un désaccord, d’écouter un point de vue différent et de clarifier leurs attentes. Or, ces compétences ne sont pas innées.
Développer cette capacité au dialogue via des formations, des temps de travail dédiés ou un accompagnement lors de moments clés, permet de rendre les équipes plus autonomes face aux tensions.
Un levier durable : développer les compétences relationnelles des managers
Enfin, la capacité à réguler les tensions repose aussi sur la posture du manager. Savoir écouter, reformuler, poser un cadre ou recadrer sans escalade ne s’improvise pas, en particulier dans des contextes sous pression. Se former à ces compétences permet d’intervenir avec plus de justesse, sans s’épuiser.
En résumé, les tensions au travail sont « normales ». Mais lorsqu’elles s’installent dans la durée, elles deviennent un signal : celui d’un cadre insuffisamment posé, de modes de fonctionnement à ajuster, ou d’un collectif sous pression.
Pour accompagner vos managers et collaborateurs, Comundi propose des formations dédiées au management, à la gestion des situations difficiles et à la régulation des émotions.

Découvrez le catalogue de formations et donnez à vos équipes les clés pour gérer les tensions de manière durable.



