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« Certains candidats nous parlent de parentalité avant le salaire » : comment les employeurs revoient leur copie pour soutenir davantage les jeunes parents

Près d’un parent sur deux a déjà envisagé de changer d’employeur faute d’un soutien suffisant de son entreprise. Face à ces nouvelles attentes, certaines d’entre elles repensent leur politique de parentalité pour attirer et fidéliser les talents.

Une réunion qui s’éternise après 18 heures, grève surprise à la crèche ou un enfant malade à aller récupérer en urgence : c’est le nouveau quotidien de bon nombre de jeunes parents. À force de jongler entre les impératifs professionnels et les contraintes familiales, certains finissent par se questionner sur leur avenir dans leur entreprise.

Au siège de Vinci Construction, lorsqu’une réunion se prolonge après 18 heures, les frais de garde peuvent être pris en charge pour les parents isolés. Une mesure ciblée, imaginée pour éviter qu’un collaborateur renonce à participer à un rendez-vous important faute de solution pour faire garder son enfant.

Impact d’une naissance

Cette initiative illustre une tendance plus large. Selon un baromètre Ipsos-BVA réalisé pour Les Parents Zens, 45 % des parents ont déjà envisagé de changer d’employeur faute d’un soutien suffisant de leur entreprise. La parentalité n’est donc plus seulement une question d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, mais devient un enjeu de recrutement et de fidélisation pour les entreprises.

Neuf parents sur dix déclarent avoir modifié au moins un aspect de leur vie professionnelle après une naissance et près d’un quart a déjà refusé une promotion, une mobilité géographique ou une évolution de carrière. Bien avant d’être parents, ils sont déjà nombreux à intégrer ces questions dans leurs choix : 77 % accordent une importance particulière à la stabilité de leur emploi et 70 % aux conditions de travail proposées par leur employeur.

Pour autant, ces décisions ne traduisent pas forcément une perte d’ambition. « Pour moi, ce n’est pas une revue à la baisse des ambitions. C’est une décision prise en conscience de répartir différemment son temps et son énergie. Une carrière est un marathon : ce n’est pas parce qu’à un moment de sa vie on ralentit que l’on renonce à réussir », observe Céline Cohen Attias, coach en évolution de carrière, qui accompagne principalement des cadres et dirigeants.

Organisation familiale et travail

Même constat pour Marine Desandre, cofondatrice des Parents Zens, gestionnaire de crèches d’entreprises qui a développé une activité de conseil aux DRH sur la parentalité. « Beaucoup de futurs parents pensent que la naissance d’un enfant ne changera rien à leur manière de travailler. Ils découvrent ensuite une nouvelle réalité : les nuits écourtées, les imprévus, les rendez-vous médicaux ou encore la charge mentale. » Selon elle, les salariés ne cherchent pas à moins travailler, mais à travailler autrement, avec une organisation plus compatible avec leur nouvelle vie familiale.

Cette recherche d’équilibre s’explique aussi par les difficultés rencontrées au quotidien. Le baromètre révèle que 56 % des parents évoquent la fatigue et 54 % la charge mentale, une proportion qui atteint 67 % chez les femmes.

Le retour au travail constitue l’un des principaux points de tension. D’après l’étude, 84 % des parents disent avoir rencontré des difficultés après un congé maternité ou paternité. Pourtant, seuls 32 % ont bénéficié d’un échange structuré avec leur manager ou les ressources humaines pour préparer cette reprise.

Pour Céline Cohen Attias, cette étape est encore largement sous-estimée. « On ne revient pas comme on est parti. On revient différente, avec une nouvelle organisation familiale et de nouvelles priorités. Il faut reconstruire son organisation personnelle, son organisation professionnelle et reprendre ses marques. Ce n’est pas une étape anodine. »

Frais de garde après 18 heures

Marine Desandre partage cet avis. Selon elle, les entreprises ont appris à gérer les congés maternité et paternité, mais beaucoup considèrent encore le retour comme une simple formalité administrative. Or, c’est précisément à ce moment-là que les collaborateurs réévaluent leur équilibre de vie et s’interrogent sur la compatibilité entre leur poste et leur nouvelle organisation familiale.

Pour accompagner cette transition, VINCI Construction a progressivement développé plusieurs dispositifs : un guide de la parentalité, un accompagnement avant le départ et au retour de congé, le maintien de la rémunération pendant les congés maternité et paternité, des places en crèche ou encore deux jours rémunérés par enfant malade, sans certificat médical.

Mais Lydia Sahraoui-Hocini, responsable RH du siège de VINCI Construction, insiste sur un autre enjeu : faire connaître ces dispositifs. « Nous nous sommes rendu compte que certaines mesures existaient déjà mais étaient peu utilisées parce que les collaborateurs ne les connaissaient pas. » L’enjeu n’est donc pas seulement d’en créer de nouvelles, mais aussi de les rendre visibles et accessibles.

La prise en charge des frais de garde après 18 heures illustre cette philosophie. L’idée n’est pas d’encourager les réunions tardives, mais d’éviter qu’un parent isolé soit pénalisé lorsqu’elles ne peuvent être évitées. Une aide ponctuelle qui peut permettre de participer à une réunion décisive sans avoir à arbitrer entre sa carrière et son enfant. Pour Lydia Sahraoui-Hocini, ces mesures sont nées des remontées des collaborateurs. « Nous essayons d’être facilitateurs dans cette étape de vie », résume-t-elle.

Critères des candidats

Les entreprises qui investissent sur ces sujets y voient aussi un levier d’attractivité. Le baromètre montre que 89 % des parents considèrent désormais le soutien à la parentalité comme un critère important dans le choix d’un employeur. « Aujourd’hui, les candidats nous interrogent d’abord sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la parentalité, le droit à la déconnexion ou encore le télétravail. La rémunération arrive souvent dans un second temps », constate Lydia Sahraoui-Hocini.

Pour Céline Cohen Attias, cette évolution est particulièrement visible chez les femmes qu’elle accompagne. « Je vois beaucoup de femmes qui ne veulent plus renoncer à leur carrière. Elles me disent : ‘ Je ne vais renoncer à rien du tout. Je vais juste m’organiser pour que ça marche. ‘ A chacune de construire ensuite son propre équilibre en fonction de ses priorités. »

Neïla Beyler