Aux manettes de l’incubateur de start-up parisien depuis 2015, Roxanne Varza donne quelques clés pour avoir une vie professionnelle épanouie…
En 2009, Roxanne Varza quitte les Etats-Unis, où elle a grandi, pour s’installer à Paris. Elle a 24 ans à l’époque, et vient poursuivre ses études à Sciences Po. En parallèle, elle gère l’édition française de TechCrunch, un site d’information américain spécialisé dans la tech.
Direction la London School of Economics ensuite pour affûter ses connaissances, avant de travailler trois ans chez Microsoft en étant installée à Paris. En 2015, elle est nommée à la tête de Station F, l’incubateur de start-up basé à Paris et lancé par Xavier Niel. Poste qu’elle occupe toujours onze ans plus tard. Voici les enseignements qu’elle tire de son expérience.
Réseauter en donnant des coups de pouce
« En France, j’ai l’impression que le mot ‘réseauter’ est un peu tabou. On imagine, à tort, que cela consiste à demander quelque chose à quelqu’un, ce qui peut mettre mal à l’aise. Pour moi, c’est d’abord l’inverse : donner. Donner un contact, un conseil, faire une mise en relation… C’est en apportant aux autres que l’on peut, à son tour, recevoir une aide précieuse dans sa carrière.
Sans mon réseau, je n’aurais pas eu le même parcours. Je me souviens par exemple du moment où l’on m’a proposé de devenir rédactrice en chef de TechCrunch en France. A l’époque, je ne parlais pas très bien français et je n’étais pas experte de la tech.
J’étais sur le point de refuser, puis j’en ai parlé à un ami qui écrivait pour ce site. Il m’a encouragée à foncer et m’a dit qu’il m’aiderait, qu’il relirait mes articles. J’ai donc accepté et, grâce à son soutien, tout s’est bien passé.
Respectez votre temps et celui des autres
Au fil des années, j’ai aussi appris à prioriser et à dire non. Quand j’ai pris mes fonctions à Station F, j’ai reçu énormément de sollicitations et je n’osais pas refuser. J’acceptais de rencontrer des gens alors que, dans les faits, ce que nous avions à nous dire aurait pu se résumer en cinq minutes d’échange par téléphone. Résultat : je perdais du temps, et en efficacité. D’où l’importance de savoir dire non.
Si l’on vous invite à de nombreuses réunions, n’hésitez pas, si nécessaire, à questionner l’intérêt de votre présence et à expliquer que votre temps pourrait être plus utile ailleurs. Respectez votre temps, mais aussi celui des autres, en n’arrivant pas en retard à vos rendez-vous.
Visez avant tout une entreprise où vous pensez vous épanouir
Autre leçon que j’ai retenue : allez travailler là où vous le sentez, pas forcément là où c’est le plus valorisé. Il m’est arrivé de choisir une entreprise séduisante sur le papier, avec un produit tendance, sur un marché porteur, soutenue par des investisseurs crédibles. Au final, je ne m’y épanouissais pas vraiment.
Quand une expérience professionnelle vous déçoit ou ne se passe pas comme vous l’aviez imaginé, comme ça a été mon cas, essayez d’en voir le côté positif : vous y aurez sans doute appris des choses et, dans tous les cas, cela vous permettra de mieux comprendre ce que vous voulez – ou non – dans votre vie professionnelle. Je crois qu’il ne faut pas non plus quitter une entreprise dès la première déception ou difficulté.
Ne suivez pas non plus systématiquement les conseils que l’on vous donne. Quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais partir en France, ils ont tenté de m’en dissuader. Pour eux, les meilleures opportunités étaient à San Francisco. Finalement, j’ai bien fait d’y croire. La France a été un vrai tremplin pour moi.
Ne pas se décourager après des tentatives infructueuses
Si vous me demandez quelle est la recette d’une vie professionnelle épanouie, je dirais qu’elle passe d’abord par une forme de sécurité financière. Si votre activité ne vous rémunère pas décemment et que vous devez la compléter par d’autres, cela risque de vous épuiser, voire de vous mener au burn-out.
Ensuite, chacun trouve ses propres ingrédients. Pour ma part, c’est le fait de travailler avec des personnes auprès de qui j’ai envie d’apprendre et avec qui j’ai plaisir à passer du temps, tout en faisant quelque chose qui a un impact réel, que je peux mesurer.
Vous cherchez du travail et vous êtes dépité parce que vos candidatures n’aboutissent pas ? Accrochez-vous. Après mon diplôme à UCLA, aux Etats-Unis, j’avais envie de travailler en France. J’ai envoyé un nombre incalculable de CV, relancé encore et encore des employeurs. Cela a fini par payer, mais bien plus tard. L’abnégation est une vraie compétence. Et pour vous démarquer des autres candidats, soyez inventifs, avec un CV qui marque les esprits, par exemple.
Le marché du travail est aujourd’hui fortement marqué par l’IA. Quel que soit votre métier ou votre secteur, je vous recommande de mettre les mains dans le cambouis. Si votre entreprise vous forme peu, ou pas du tout, formez-vous par vous-même, sur votre temps libre. N’attendez pas qu’on vous prenne par la main. Les prix des différents outils d’IA restent encore assez accessibles pour vous permettre d’expérimenter. Car demain, face à deux candidats similaires, une entreprise privilégiera sans doute celui qui est le plus à l’aise avec l’IA. »
Propos recueillis par Chloé Marriault
