Mag des compétences - Comundi

Recrutement de cadres : l’IA s’impose peu à peu dans les pratiques des DRH

Encore minoritaire, la part des entreprises qui recourent à l’IA pour recruter un cadre progresse nettement alors que les candidats ont clairement pris le pli de ChatGPT et autres outils, selon des études de l’Apec publiées ce jeudi.

Les cadres passés à la moulinette de l’intelligence artificielle par les services de recrutement avant de savoir si, oui ou non, leur candidature à une offre d’emploi a été retenue ? C’est loin d’être encore la réalité même si l’usage de l’IA par les DRH s’imprègne progressivement et même si les candidats ont un train d’avance en la matière, montrent deux études de l’Association pour l’emploi des cadres, l’Apec, publiées ce jeudi.

Preuve que le mouvement est bien parti côté employeur, en 2025, 13 % des entreprises de taille intermédiaire ou grandes entreprises ayant recruté au moins un cadre dans les douze derniers mois ont eu recours à des outils d’IA pour cela. Soit deux fois plus en un an. La progression est sensiblement la même dans les PME (4 % à 7 %). Quels que soient les effectifs, la part des entreprises sondées qui reste l’arme au pied a baissé, ce qui semble confirmer la tendance.

Sélection par logiciel

Pour les DRH qui ont franchi le Rubicon, c’est encore très majoritairement pour rédiger les offres d’emploi (81 %). Pour autant, d’autres usages qui vont dans le sens d’une sélection par logiciel sont loin d’être négligeables : réaliser des entretiens, par exemple pour la rédaction de questions (41 %), identifier les candidatures qui correspondent aux compétences recherchées (38 %) ou encore tester des mises en situation, la personnalité ou les langues (28 %).

Les entretiens audios ou vidéos par un humain n’ont pas disparu, mais 7 % des DRH demandent d’ores et déjà à leurs outils d’IA ce qu’ils en pensent ! Pour autant, les recruteurs n’ont pas (encore) remisé les canaux traditionnels compte tenu des difficultés de recrutement toujours élevées, appel à un chasseur de têtes, réseaux sociaux ou de contacts, approche directe, cooptation…

Le réflexe est pris

De manière un tantinet paradoxale, les cadres candidats à une offre d’emploi affichent une certaine avance dans le recours à l’IA. Interrogés en mars pour savoir s’ils ont utilisé des outils comme ChatGPT, Copilot ou Gemini dans leurs démarches (*), ils sont 31 % à avoir répondu oui. En décembre 2024, ils n’étaient « que » 15 %.

Pour quoi faire ? Plein de choses à la fois : rédiger ou améliorer sa lettre de motivation (77 %), son CV (70 %), rédiger un mail (62 %), préparer des questions pour les recruteurs ou anticiper les leurs lors des entretiens (56 % et 54 % respectivement), ou encore préparer la négociation sur le salaire (45 %) ou se préparer à des tests ou des cas pratiques (44 %).

Quel que soit l’usage recherché, le réflexe est pris puisque deux tiers des cadres sondés affirment qu’ils recourront à l’IA s’ils doivent chercher un emploi et même 8 sur dix de ceux qui affichent l’intention de le faire.

Déni de réalité ou bon sens, leurs avis restent nuancés sur les limites de cette technologie : entre 65 % et 81 % des cadres pensent que cela ne pourra pas du tout, ou uniquement partiellement, remplacer les relectures, conseils ou entraînement avec une personne en chair et en os.

(*) Au moins une fois dans les trois derniers mois.

Alain Ruello