Oser dire non, réseauter, se former tout au long de sa carrière, ne pas s’enfermer dans un poste… Fabienne Arata, directrice générale de LinkedIn France livre ses conseils pour avoir une carrière épanouie.
A la tête de LinkedIn en France, Fabienne Arata a une vision d’ensemble sur le marché du travail et ses bouleversements. De ses différentes expériences professionnelles (chez LinkedIn depuis près de dix ans mais aussi chez IBM et Manpower), voici les enseignements qu’elle retient.
« Mes fils ont la vingtaine, donc les sujets liés à l’orientation et aux choix professionnels m’ont beaucoup occupée ces derniers temps. Mon aîné travaille depuis peu dans le private equity, après un cursus à l’École des Mines et à l’ESCP, tandis que mon cadet s’apprête à rentrer en école de commerce.
Je leur ai toujours conseillé de choisir leur propre voie et de croire en leurs capacités. Et surtout, d’apprendre à bien se connaître, à identifier ce qui est essentiel pour eux et à y rester fidèles. Ma conviction, c’est qu’en aimant ce que l’on fait, on s’investit avec davantage d’énergie et d’enthousiasme, ce qui augmente considérablement les chances de réussite et de s’épanouir.
Savoir dire non
Autre enseignement que je leur ai transmis, directement inspiré de mon expérience professionnelle : l’importance de savoir dire non, d’affirmer ses choix et de ne pas se laisser enfermer dans le syndrome de la ‘bonne élève’. Pour ma part, je n’ai su le faire qu’après mes 40 ans, ce qui est assez tardif !
Adolescente, j’étais passionnée par la littérature, mais j’ai été orientée vers une classe préparatoire aux écoles de commerce, malgré mes lacunes en mathématiques. Si j’avais davantage osé verbaliser mes envies, j’aurais choisi une khâgne et suivi un parcours dans lequel je me serais plus épanouie et obtenu de meilleurs résultats.
Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus libre : j’ai appris à écouter mes aspirations, à assumer mes choix et à ne plus chercher systématiquement à faire ce que l’on attend de moi.
Développer son réseau
Au fil de ma carrière, j’ai aussi constaté le rôle crucial du réseau, qui peut véritablement infléchir le cours d’une existence. J’en suis un parfait exemple. J’ai rejoint LinkedIn grâce à une connaissance avec qui j’avais collaboré chez IBM puis Manpower. Elle m’a informée d’une opportunité chez LinkedIn et m’a proposé de souffler mon nom. Elle a changé le cours de ma vie, et elle n’est pas la seule !
Un jour, on m’a glissé cette phrase qui m’a marquée : ‘Tu ne le sais peut-être pas, mais la personne assise à côté de toi est peut-être celle qui va changer ta vie dans six mois, un an ou dix ans.’ En gardant cette idée en tête, on développe naturellement son réseau : sur LinkedIn, en rejoignant des communautés, au sein de sa propre équipe comme en dehors, en adhérant à une association sportive…
Les occasions de créer des liens sont partout. L’objectif n’est pas de feindre des affinités, de porter un masque, mais de prendre plaisir à échanger, de s’intéresser sincèrement aux autres et de construire des relations durables.
Être autonome financièrement pour être libre de choisir
Pour avoir une vie professionnelle épanouie, je crois qu’il est essentiel de s’appuyer sur certains piliers. Pour moi, il faut avoir une capacité d’analyse pour évaluer son travail, son environnement et les opportunités. Pour cela, il est important de s’informer auprès de diverses sources, de cultiver sa curiosité et de discuter avec des personnes issues d’horizons variés. Plus on ouvre son regard, plus on se donne les moyens de faire des choix.
Pour pouvoir prendre des décisions, il faut également en avoir les moyens, notamment sur le plan financier. D’où l’importance d’acquérir des bases en éducation financière et, si possible, d’épargner et d’investir le plus tôt possible. Car l’autonomie financière donne une liberté précieuse : celle de pouvoir refuser une situation qui ne nous convient plus et de saisir une nouvelle opportunité.
Et si votre profil est mieux valorisé à l’étranger, pourquoi ne pas envisager de partir ? Il faut s’autoriser à regarder au-delà des frontières et des chemins tout tracés.
Se former tout au long de sa vie
Développez aussi votre employabilité et faites évoluer vos compétences. Aux jeunes qui, comme mes fils, ont terminé leurs études et entrent sur le marché du travail, je conseille de continuer à se former, notamment sur l’IA. Mais aussi sur ce que j’appelle « les humanités » : acquérir des bases en littérature, en philosophie…
Aujourd’hui, je constate que de nombreuses entreprises recrutent des personnes ayant étudié la philosophie ou le Moyen Age, par exemple, parce qu’elles apportent une manière différente de penser, d’analyser et de questionner le monde.
Enfin, continuez à vous former aux compétences comportementales : la communication, l’esprit critique, la collaboration… Lorsque vous êtes intéressé par une entreprise, soyez exigeant quant à ses dispositifs de formation continue. Même si vous excellez dans un poste aujourd’hui, il est primordial de continuer à vous former pour maintenir ce niveau et rester acteur de votre évolution professionnelle.
Ne pas avoir peur de bifurquer
Enfin, soyez rassuré. Ce qui vous plaît à 20 ans ne vous plaira peut-être plus à 30, 40 ou 50 ans, et c’est parfaitement normal ! S’il arrive un jour où vous ne vous épanouissez plus au travail, vous n’êtes pas prisonnier de votre poste. Aujourd’hui, les opportunités sont nombreuses pour changer de secteur, de région… Ne vous enfermez pas.
Après vingt ans chez IBM, où j’ai eu l’opportunité de changer tous les trois ans de poste et de découvrir des métiers radicalement différents, j’ai rejoint Manpower, puis LinkedIn. Mon parcours n’a pas été linéaire, mais il a été incroyablement riche.
Une carrière n’est pas une ligne droite : elle peut connaître des détours, des accélérations et de nouveaux départs. Changer ne sera pas toujours facile, bien sûr, mais c’est tout à fait possible. »
Chloé Marriault
