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« Je fais mes réunions en marchant » : comment éviter de passer sa journée assis au bureau

Comment éviter de passer sa journée assis au bureau

Au bureau, nous devrions nous lever et marcher quelques minutes, toutes les demi-heures. Une habitude à prendre, pour ajouter du mouvement au quotidien. Et pour éviter de nombreux risques pour sa santé.

Vous qui lisez ces lignes, depuis combien de temps êtes-vous assis ? Et combien d’heures avez-vous passées aujourd’hui dans cette position, que ce soit pour un rapport, un Excel, une visio ou un brainstorming avec Claude ? Selon l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, « les adultes passent en moyenne douze heures par jour assis, les jours travaillés », toutes activités cumulées. « 95 % de la population française adulte est exposée à un risque de détérioration de la santé par manque d’activité physique ou un temps trop long passé assis », martèle l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

La grande majorité des cadres et salariés de bureaux sont évidemment concernés. Et les dangers ne sont pas anodins. « Plusieurs études liées au temps de travail assis montrent une augmentation du risque de mortalité précoce, de pathologies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certaines formes de cancers, colon, poumon, pancréas, ainsi que d’obésité, de troubles musculo-squelettiques, au niveau des épaules, du cou et du bas du dos… Et une atteinte quant à la santé mentale, avec davantage d’anxiété et de dépression », met en garde Kévin Desbrosses, responsable d’études à l’INRS, l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Compenser ce temps assis ?

Le souci, c’est que cette sédentarité trop importante concerne aussi les personnes par ailleurs actives, voire sportives. « La recommandation hebdomadaire est de pratiquer au moins 1h30 d’activité intense ou 3 heures si elle est modérée. Cela a un impact positif sur la santé, bien sûr, mais ne compense pas une longue sédentarité au travail. Je fais souvent ce parallèle : manger sainement est important, mais cela ne compense pas le fait de fumer. Comme le sport sur son temps personnel n’annule pas les effets délétères des postures sédentaires au bureau », alerte Kévin Desbrosses.

L’an dernier, l’Anses a publié de nouvelles recommandations, plus strictes qu’auparavant. Il est désormais conseillé de se lever et de marcher quelques minutes toutes les demi-heures. Contre toutes les deux heures auparavant. Pour des salariés habitués à passer des heures vissés à leur siège, comment réussir à appliquer de tels conseils ?

De bonnes pratiques au quotidien

A l’échelle individuelle, plusieurs bonnes pratiques existent. « Vous pouvez téléphoner debout, aller parler de visu à un collègue, plutôt que de lui envoyer un message sur Teams, vous lever et faire quelques pas, ou encore, si cela est possible, prendre l’ordinateur sur une surface plus haute et travailler un moment debout », suggère Anne

Vuillemin, enseignante-chercheuse à l’université Côte d’Azur, qui travaille sur la promotion de la santé par l’activité physique. Les classiques fonctionnent toujours : privilégier la marche et les mobilités douces, les escaliers plutôt que l’ascenseur, se balader dès que possible, par exemple après le déjeuner…

L’essentiel est la prise de conscience du temps passé assis, confirme Anne Vuillemin. « Et de l’inconfort que procure cette sédentarité ! Quand on est assis un long moment, on se sent ankylosé, on ressent des débuts de douleurs. L’idée est de mobiliser les membres et muscles, grâce à de l’activité ou des petits exercices, de façon régulière. Et, ainsi sans parler de sport, de rompre la sédentarité. » Il existe une ribambelle d’exercices, plus ou moins discrets, à tester au travail : flexions, rotations, torsions…

Comme toute habitude, une fois passée l’euphorie des débuts, le plus difficile est de s’y tenir sur le long terme. « En effet, on peut y penser quelques jours, puis retomber dans des comportements précédents. L’objectif est d’implémenter dans son quotidien l’idée que l’on ne doit pas rester assis pendant des heures et des heures, acquiesce Julie Boiché, chercheuse à l’université de Montpellier. Casser une habitude et en créer une nouvelle peut prendre plusieurs semaines, voire mois, c’est tout à fait normal. » Quelle serait la pause idéale, alors ? « 4 à 5 minutes, en se déplaçant, en faisant quelques mouvements ou étirements. »

Individuel et collectif

La situation la plus optimale : une sensibilisation organisée par l’entreprise, ainsi que des équipements adaptés, comme des bureaux assis-debout. Il existe aussi des sièges ballons ou des petits pédaliers à poser devant soi. Voire des bureaux debout avec tapis roulant ou des vélos bureaux. « La prise de conscience des individus est importante, mais ce sont les politiques et les institutions qui ont réellement la capacité à changer les environnements. Le poste de travail doit être adapté. Rompre la sédentarité n’est pas que de la responsabilité de l’individu, ce dernier ne doit pas être culpabilisé », souligne Anne Vuillemin.

En revanche, il n’est pas nécessaire de se mettre la pression, pour tenir parfaitement les recommandations. « Le but est de créer du mouvement régulièrement, pas forcément à forte dose, mais régulièrement. Il faut se sentir libre d’aller se dégourdir les jambes, de s’offrir une pause active. Comme un fumeur se sentirait libre de sortir cinq minutes pour sa cigarette », ajoute Kévin Desbrosses, de l’INRS.

De son côté, Alexandre Dana est entrepreneur. Choqué par l’impact de la sédentarité sur le corps, il a coécrit l’ouvrage « La Chaise tue », aux éditions Eyrolles. Et s’est imposé trois changements. « J’ai transformé mes réunions, je les fais maintenant en marchant, avec la personne ou au téléphone. Il faut casser le culte de la réunion assis ! » Deuxième nouveauté : il a investi dans du mobilier actif, dont un bureau assis-debout. Et marche pour brainstormer. « Il est prouvé que notre créativité vient en marchant, car cela sécrète une protéine favorisant les connexions neuronales. » Plusieurs études vont dans ce sens, dont des travaux de l’université de Stanford. 176 étudiants ont été répartis en groupes. Résultat : ceux qui sont partis marcher étaient quasiment tous plus créatifs et avaient davantage d’idées.

Laura Makary