Mag des compétences - Comundi

« Plus les salariés s’emparent de l’IA, plus ils l’apprécient » : pourquoi l’intelligence artificielle fait moins peur qu’on ne le pense

Utiliser l'IA

Alors que les craintes sur l’emploi occupent une large place dans le débat sur l’intelligence artificielle, une étude internationale de Pluxee révèle une tout autre perception chez les actifs. Les Français se montrent toutefois plus réservés.

Elle est accusée de menacer les emplois, de rebattre les cartes dans de nombreux secteurs et, déjà, de compliquer l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Pourtant, lorsqu’on interroge les salariés qui ont aujourd’hui un emploi, le tableau est nettement moins anxiogène.

Selon la deuxième édition de l’étude internationale de Pluxee sur l’engagement des salariés, menée avec Ipsos auprès de 11.000 personnes dans 14 pays, dont la France, 65 % des salariés ont une attitude positive vis-à-vis de l’intelligence artificielle au travail. Mieux : 40 % disent l’« adorer ». A l’inverse, seuls 9 % affirment en avoir peur au point de l’éviter.

Capacité d’adaptation

Un résultat qui a surpris jusque chez le spécialiste des avantages aux salariés. « Cela traduit d’abord la capacité des salariés à s’adapter », estime Aurélien Sonet, directeur général du groupe. Mais il appelle aussi à bien distinguer deux populations : l’étude interroge des personnes déjà en poste, et non des jeunes diplômés qui cherchent à entrer sur le marché du travail.

Pour ces derniers, reconnaît-il, la situation peut être nettement plus difficile, certaines entreprises ayant déjà commencé à freiner leurs recrutements. Une enquête publiée la semaine dernière semaine par l’Association nationale des DRH montre justement que 10 % des entreprises interrogées ont déjà réduit leurs recrutements de jeunes ou d’alternants en raison de l’IA, tandis que 22 % supplémentaires réfléchissent à le faire.

Chez les salariés en poste, l’intelligence artificielle est en revanche largement perçue comme une alliée. Ceux qui l’apprécient mettent d’abord en avant sa capacité à leur faire gagner du temps, à simplifier leur quotidien et à améliorer leur efficacité. Aurélien Sonet y ajoute un autre bénéfice : la possibilité d’acquérir de nouvelles compétences et, par ricochet, de renforcer son employabilité.

42 % des salariés interrogés dans le monde pensent ainsi que l’IA va modifier le contenu de leur métier de façon positive, en le rendant moins routinier et plus intéressant. Ils sont parallèlement 40 % à estimer que leur emploi ne disparaîtra pas à cause de cette technologie.

Des Français plus mesurés

Avec l’IA, « l’idée est de permettre aux salariés de se consacrer à des tâches à plus forte valeur ajoutée », résume Aurélien Sonet. L’étude fait d’ailleurs apparaître une tendance assez nette : plus les salariés utilisent l’IA, plus ils semblent l’apprécier. Mais cette appropriation se fait encore largement en autonomie. Parmi ceux qui l’utilisent régulièrement, 39 % disent apprendre à s’en servir par eux-mêmes, contre seulement 9 % grâce à leur manager et autant grâce à leurs collègues.

Quid des Français ? Comme souvent lorsqu’il s’agit de nouvelles technologies, ils se montrent sensiblement plus réservés que la moyenne. Dans l’Hexagone, 27 % des salariés disent « adorer » l’IA, contre 40 % à l’échelle internationale. A ceux-là s’ajoutent 24 % qui reconnaissent ne pas encore très bien savoir l’utiliser mais la trouvent attractive et disent s’en servir de plus en plus. Au total, 51 % des Français affichent donc une attitude positive, contre 65 % dans l’ensemble des pays étudiés. Et 13 % disent en avoir peur et l’éviter, contre 9 % au niveau mondial.

Pour Aurélien Sonet, il serait toutefois trop facile d’y voir un nouvel exemple de pessimisme français. L’explication serait d’abord à chercher du côté de l’adoption. Les salariés français sont moins exposés à l’intelligence artificielle que leurs homologues de nombreux autres pays. « Le salarié français n’est pas différent de ses pairs. C’est juste qu’il a été moins exposé, donc il en a moins vu les bénéfices à date », estime-t-il.

Effectivement, en France, 17 % des salariés disent utiliser l’IA plusieurs fois par jour et 30 % presque quotidiennement, soit 47 % d’utilisateurs très réguliers, contre 53 % au niveau mondial. A l’inverse, 24 % disent l’utiliser rarement, cinq points de plus que la moyenne internationale.

Paradoxe français

L’accès aux outils reste lui aussi inégal. Seuls 37 % des salariés français interrogés affirment que l’IA est accessible à presque tous les collaborateurs de leur entreprise. Pour 27 %, elle demeure principalement réservée aux managers et à quelques experts, tandis que 36 % répondent qu’elle n’est accessible qu’à très peu de salariés.

Et cette moindre exposition se retrouve dans la perception de ses bénéfices. Les Français sont moins nombreux que la moyenne à penser que l’IA va leur faire gagner du temps, améliorer la productivité ou leur permettre de développer de nouvelles compétences. « Il y a encore du travail à faire », reconnaît Aurélien Sonet, qui appelle les entreprises françaises à accélérer le déploiement mais aussi la pédagogie autour de ces outils.

Neïla Beyler