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« La majorité sont dans une posture d’expérimentation prudente » : les professionnels du droit encore méfiants face aux outils d’IA

Droit et IA

Une étude récente révèle que près de 40 % des professionnels du droit ne disposent pas d’une solution d’intelligence artificielle dans leur cabinet. Parmi ceux qui en sont équipés, un tiers déclare ne pas en faire usage.

Alors que les valorisations explosent sur le marché des legaltechs et que les start-up du secteur investissent de plus en plus le marché français, sur le terrain, les professionnels du droit ne se sont pas encore totalement convertis à l’usage de l’intelligence artificielle.

Une étude menée par OpinionWay pour LexisNexis auprès de 150 professionnels (50 notaires, 50 avocats, 50 directeurs juridiques) tord le cou à une idée reçue dans le milieu des start-up d’IA juridiques, selon laquelle la grande majorité des cabinets seraient déjà équipés d’un outil d’intelligence artificielle.

Dans les faits, plus d’un tiers (43 %) des professionnels interrogés disent ne pas disposer d’un tel outil dans leur entreprise. Les notaires apparaissent comme la profession la plus sous-équipée puisque qu’ils sont plus de la moitié (54 %) à ne pas en posséder.

Recours aux outils grand public

Dans le détail, parmi les professionnels qui sont dotés d’un outil (57 %) : un tiers (32 %) utilise des solutions d’IA créées directement pour les juristes, comme Legora, Harvey, Doctrine ou Jimini en France, un quart (25 %) des outils bureautiques intégrés comme Copilot ou Claude Cowork et, enfin, 16 % utilisent des outils grand public.

Une proportion qui pourrait changer depuis que certains fabricants de modèles grand public comme Gemini et Anthropic ont investi le marché du droit en lançant des verticales juridiques. Si elles sont pour l’instant considérées comme moins performantes que celles des legaltechs, elles offrent l’avantage d’être moins onéreuses, intéressant ainsi les plus petits cabinets. Un constat confirmé par les résultats de l’enquête : 20 % des entreprises comptant entre 0 et 9 salariés utilisent des IA grand public, contre 11 % de celles comptant plus de 10 employés.

Enfin, si certains grands cabinets développent leurs propres solutions d’intelligence artificielle, ces dernières n’ont pas vraiment la côte auprès des professionnels : ils ne sont que 8 % à déclarer les utiliser.

Expérimentation prudente

L’étude révèle aussi que, même lorsqu’ils ont à leur disposition un outil d’IA, les professionnels sont encore réticents à les utiliser. Ainsi, parmi les 57 % qui disposent de ce type d’outils, un tiers (29 %) révèle ne pas en faire usage, et 19 % des interrogés

indiquent même ne pas l’envisager. « La majorité des professionnels sont dans une posture d’expérimentation prudente », analyse Frédéric Micheau, directeur général adjoint d’OpinonWay.

Les avocats, notaires et juristes sont notamment frileux quand il s’agit de confier à l’intelligence artificielle des tâches à réaliser en intégralité. Seuls 24 % disent avoir déjà confié à l’IA une tâche à réaliser de bout en bout comme la rédaction d’un document, un processus de due diligence ou une veille juridique automatisée.

« Ils attendent de l’IA qu’elle prenne en charge les tâches les plus répétitives et chronophages. Chez nos clients potentiels, beaucoup nous disent tâtonner avec l’intelligence artificielle : l’utiliser pour démarrer mais ensuite avoir besoin de beaucoup de relectures », observe Eric Bonnet-Maes, PDG de LexisNexis France, qui vient de faire l’acquisition de la start-up d’IA juridique Doctrine.

Eric Bonnet-Maes en est persuadé : « Ce n’est pas un problème de désintérêt pour l’IA, mais plutôt de confiance. » Selon les résultats de l’enquête, 61 % des professionnels déclarent faire confiance à une IA qui s’appuie sur une base de contenus juridiques reconnus pour les accompagner dans leurs tâches du quotidien.

Mais, à terme, ces professionnels n’auront peut-être pas d’autre choix. « Il y avait les mêmes réticences à l’époque de la transformation digitale mais aucun cabinet ne va survivre s’il ne passe pas à l’IA », prédit un consultant connaisseur du secteur.

Sarah Dumeau