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La France, ce pays où les salariés sont parmi les moins motivés d’Europe

Le désengagement des travailleurs

L’engagement des salariés européens dans leur vie professionnelle est resté faible en 2025, selon une étude Gallup publiée mercredi. La France, où seulement 8 % des salariés se disent « investis » dans leur travail, ne fait pas exception.

Dans son dernier rapport sur l’état du monde du travail, Gallup alerte mercredi sur le désengagement des salariés dans le monde, et particulièrement en Europe et en France, où seulement 8 % des travailleurs se disent investis au bureau. Cette mauvaise performance aurait coûté au pays environ 325 milliards d’euros en perte de productivité au cours de l’année dernière.

A l’international, l’engagement des salariés a diminué pour la deuxième année consécutive, tombant à 20 %, son niveau le plus bas en cinq ans. L’Europe se classe en queue de peloton : pour la sixième année consécutive, l’investissement professionnel des travailleurs européens est plus faible que dans toutes les autres régions du monde, à seulement 12 %, derrière la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Au top du classement, on retrouve la région Etats-Unis et Canada, qui reste stable par rapport à 2024, à 31 %, suivi par l’Amérique latine et les Caraïbes (30 %) et l’Asie du Sud-Est (25 %). En Europe, l’Albanie, la Roumanie, la Norvège ou encore Malte sont les pays où les individus se disent le plus impliqués. Parmi les moins « motivés », on trouve la France, la Suisse et la Croatie.

Impact économique considérable

Pour évaluer cet engagement, Gallup mesure « l’attachement psychologique des salariés pour leur travail, leur équipe et leur employeur ». Ces dernières années, diverses études sur le sujet ont établi une forte relation entre l’engagement des salariés et le résultat des entreprises. L’année dernière, ce phénomène aurait ainsi coûté à l’économie mondiale environ 10.000 milliards de dollars (8.500 milliards d’euros) de pertes de productivité, soit 9 % du PIB mondial.

Cependant, en France comme dans le reste de l’Europe, le faible engagement des salariés ne les empêche pas d’être plus heureux que la moyenne (et moins stressés aussi). Ainsi, 40 % des Français sondés ont estimé prospérer dans leur vie, contre 34 % à l’échelle globale. Un chiffre relativement stable depuis le premier rapport en 2010.

Les managers pointés du doigt

Manque d’intérêt, à qui la faute ? Dans son rapport de 250 pages, Gallup estime que la tendance est étroitement liée à celle des managers, dont l’engagement a chuté de 9 points depuis 2022. Alors qu’ils jouissaient autrefois d’un niveau d’engagement supérieur à celui de leurs équipes, les managers sont aujourd’hui quasiment alignés à ceux qu’ils encadrent.

« Les entreprises investissent massivement dans l’IA, mais les résultats ne se reflètent pas encore dans leurs performances financières. Les données de Gallup pointent vers une réponse que le monde des affaires a largement ignorée : le manager », a déclaré le CEO de Gallup, Jon Clifton, dans un communiqué.

L’IA pas au rendez-vous

Si l’intelligence artificielle améliore la productivité individuelle – près de deux tiers des travailleurs américains estiment qu’elle a eu un effet « plutôt » ou « très » positif sur leur productivité – ses bénéfices à l’échelle macro-économique restent difficiles à mesurer. En effet, seuls 12 % d’entre eux déclarent que l’IA a transformé la façon dont le travail s’organise au sein de leur entreprise.

Même constat chez les dirigeants. Une récente enquête du Bureau national de recherche économique (NBER) aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie montre que si l’IA est largement adoptée dans les entreprises, 89 % des dirigeants n’observent aucun effet sur la productivité du travail au cours des trois dernières années.

Pire encore, le rapport alerte sur la corrélation entre l’engagement des employés et leur capacité à s’emparer de l’IA. Plus les travailleurs sont motivés, plus ils seraient enclins à s’approprier de nouveaux outils, à gagner en productivité et, in fine, à contribuer à ce que l’entreprise tire pleinement parti de cette révolution technologique. A l’inverse, le « désengagement actif pourrait même générer de sérieux risques en matière de sécurité ».

Diane Jeantet