L’innovation dans le secteur social et médico-social : des nouvelles formes de pratiques aux nouvelles formes d’organisation

L’innovation dans le secteur social et médico-social : des nouvelles formes de pratiques aux nouvelles formes d’organisation

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Au cœur des politiques sociales en faveur de personnes en difficultés ou en situation de perte de lien social, une évolution majeure depuis 70 ans : le passage de la logique de l’offre (1945-1980) à la logique de la réponse aux besoins (1990-2017). Nous sommes passés peu à peu de la prise en charge dans des places à part à davantage de réponses aux besoins et de désinstitutionalisation. Les professions sociales se sont réorganisées autour des accompagnements de parcours, avec mise en avant d’objectifs interdisciplinaires. Les institutions en silo, toutes puissantes, deviennent progressivement adaptables et reliées à une logique de prestataires. L’Etat promoteur est devenu un Etat pilote et passant commande.

Evolution du secteur social et médico-social

Pour autant le paysage du secteur social et médico-social comporte une constante, particulièrement nette, de 1945 (début de création de ce secteur d’activité) à aujourd’hui, celle d’un régime à deux vitesses entre :

  • D’une part un marché stabilisé (les établissements et services sociaux et médico-sociaux, les ESSMS) : pas de guerre des prix, des acteurs organisationnels stabilisant leurs relations avec leurs partenaires d’échange, publics ou privés, même si la puissance publique devient davantage pilote (passant commande), même s’il existe une recomposition mesurée depuis 10 ans (regroupements associatifs, dispositifs, CPOM).
  • D’autre part un marché non stabilisé (action sociale hors ESSMS) : guerre des prix, acteurs organisationnels fragilisés dans une recherche de financements limités dans le temps, pour des actions innovantes, institutionnalisées ou non.

L’enjeu majeur, dans ce contexte, concerne la réduction des écarts entre ces deux champs d’interventions. D’emblée, ce ne sont pas de nouvelles formes d’organisation qui sont en jeu, mais des pratiques favorisant des liens, des dépassements de frontières, une logique d’innovation. Derrière cette logique : l’accompagnement des parcours, des réponses accompagnées pour tous, des mobilisations de professionnels spécialistes associés à des intervenants non spécialisés de la vie sociale (aidants, structures de droit commun, acteurs d’activités ouvertes à tous dans l’espace social).

Vers une nouvelle organisation tournée vers l’innovation

C’est dans le sens de cette innovation qu’il convient de lire l’arrivée de nouvelles organisations dans le secteur social et médico-social visant la mise en place de plates-formes adaptables aux besoins et aux étapes de parcours des personnes accompagnées. In fine, la diversité des réponses, l’organisation ad hoc, capable de s’adapter et de se mobiliser, avec son unité certes, mais aussi une plus grande diversité de réponses et de services, une plus grande transversalité.

Deux réactions encore trop fréquentes existent et forment au bout du compte une difficulté :

  • D’une part, une tendance voulant relier cette recherche innovante à un univers de révolution permanente, venant heurter les professionnels, mépriser les repères déjà construits, voire les confronter à la seule réponse aux demandes de résultats des pouvoirs publics ou aux exigences des usagers devenus « clients »
  • D’autre part, la démarche volontariste qui ne laisse aux équipes et professionnels que le sentiment d’un abandon, d’une absence de propositions possibles : seule reste l’adaptation à des contraintes externes, formulées par des cadres ignorant les problématiques de terrain. Ceci justifie leur résistance à des changements non préparés, non accompagnés, voire déniant les efforts déjà réalisés.

A notre sens, voilà tous les enjeux du rôle, encore nouveau, des directeurs de dispositifs : sortir des modèles antérieurs de la fonction de direction, en inventer un nouveau, s’appuyer sur des organisations rénovées.

Sortir des modèles ? Oui, il est difficile de se contenter du bon élève de la deux-mille-deux-deux, du manager charismatique, du développeur stratège ambitieux certes, mais engageant des changements au forceps, du simple opportuniste épousant les modes du moment.

En inventer un nouveau ? Oui, il convient de favoriser les managements articulant avec doigté la recherche de l’innovation à partir d’orientations claires et incarnées, d’une présence de proximité attentive aux questions de terrain et d’une association des équipes dans l’invention des pratiques nouvelles, comme de nouvelles manières de travailler ensemble.

S’appuyer sur de nouvelles formes d’organisation ? Il s’agit bien de favoriser des organisations plurielles, des pôles comme plates-formes de service orientées, non sur la seule demande de consommateurs ou des pouvoirs publics, mais vers des façons nouvelles et enrichies de réponses aux besoins à chaque étape d’un parcours, d’ouvrir des places pour des personnes exclues des structures, d’augmenter la capabilité des personnes accompagnées dans leur choix de vie, d’aider chacun (et leurs aidants) à vivre avec son handicap dans une vie sociale ouverte au vivre ensemble.

Il ne faut pas craindre ces innovations à notre sens, mais bien les accompagner. Le premier support de ces accompagnements, c’est le développement de formations spécifiques aux fonctions de Directeur de Pôle, bien loin de celle du Directeur d’établissement, estampillée CAFDES, ou de Directeur d’association, estampillée MBA (ou leurs équivalents).

Daniel Gacoin , Directeur du cabinet ProEthique conseil
Président de séance de la conférence d’actualité Direction[s] des 11 et 12 décembre 2017

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