Le CPA, une idée ambitieuse

Le CPA, une idée ambitieuse

le

Ça y est, Le Compte Personnel d’activité (CPA), est officiellement lancé. Le but affiché : «donner à chacun les moyens de vivre les transitions dans ce monde du travail plus changeant ». A condition que les personnes concernées arrivent à s’y retrouver !

Alain-Frédéric Fernandez, Consultant en ingénierie pédagogique chez Comundi, nous aide à décrypter cette nouvelle mesure.

Qu’est-ce que le Compte personnel d’activité ?

Le CPA est un dispositif qui réunit l’ensemble des droits dont dispose un actif. L’individu est en fait considéré comme une toute petite entreprise capable de gérer elle-même sa situation grâce à cet outil. On y retrouve le CPF (Compte Personnel de Formation), le Compte de Prévention de la Pénibilité, les bulletins de salaires dématérialisés, l’engagement citoyen pour qui a été bénévole, ainsi que des conseils sur les métiers que l’on peut pratiquer, même si ce dernier élément en est encore à l’état embryonnaire. A termes, il devrait inclure le Compte Épargne Temps, l’épargne salariale, les droits au chômage… J’estime qu’on pourrait y ajouter la retraite, les diplômes, la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience), tout ce qui touche au parcours professionnel.

Quels sont les obstacles à son bon fonctionnement ?

Ce sont ceux qu’a aussi rencontrés le CPF. Ce dernier a été lancé en janvier 2015, et on compte aujourd’hui 4 millions d’inscrits sur une cible de 24 millions. La première étape devrait améliorer la digitalisation des individus. À l’heure actuelle, 30 à 40 % de la population ne veulent ou ne savent pas aller sur Internet. Qui prendra le relai pour ces personnes, non seulement pour l’ouverture du compte CPA, mais aussi pour les mises à jour régulières ? Et même sans la question de l’accès à Internet, rassembler et classer correctement toutes les informations nécessaires n’est pas évident.

C’est un changement profond de société, avec toute une discipline qui doit s’apprendre. Sociologiquement, il faudrait une génération complète pour que cela rentre dans les mœurs. Pour le CPF, il y avait eu de la communication, et les entreprises en comprenaient l’intérêt d’un point de vue financier, alors que le CPA ne bénéficie pas de ces avantages. Enfin, il y a un certain scepticisme de la part du public, qui a du mal à croire que la démarche s’inscrira dans la durée, surtout avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement cette année.

Vous ne croyez donc pas au CPA ?

Je pense que c’est une idée magnifique et qu’on aurait dû commencer par là pour inculquer une culture de non-assistance aux Français. Elle est ambitieuse, mais il faudrait accompagner les utilisateurs. Le concept de rendre l’individu totalement responsable de sa situation, sans personne pour s’occuper de lui, ni État, ni entreprise, est intéressant, mais ce n’est pas une raison pour lui imposer dès le départ des démarches compliquées sans aucune aide. Et parce que, contrairement au CPF, le CPA concerne à la fois le public et le privé, ce sont 40 millions de personnes qui sont visées. Il va falloir suivre les informations sur le nombre d’inscrits au cours des prochains mois, mais à mon avis, 2017 va être une année blanche pour le CPA, comme 2015 l’a été pour le CPF.

Newsletter

Restez informé de l’actualité de votre secteur en choisissant parmi nos newsletters thématiques.