La communication augmentée

La communication augmentée

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Guillaume Cartigny, Head of Creative Technology, Publicis Conseil & Stéphane Maguet, Head of Creative Technology, We Are Social.

Ils interviendront lors de la conférence Tendances Communication 2016, le lundi 21 novembre 2016, à Paris.

Que peut apporter l'intelligence artificielle, la réalité virtuelle aux métiers de la communication ?

Intelligence Artificielle et Réalité Virtuelle sont actuellement au cœur des discussions et promettent de révolutionner un certain nombre de secteurs. Si celui de l'Entertainment semble évidemment impacté par la Réalité Virtuelle et dans une moindre mesure par les Intelligences Artificielles, le secteur de la communication n'est pas en reste et les incidences vont très certainement au delà de ce que l'on aurait pu imaginer. 

L'intelligence artificielle est déjà dans nos vie et intégrée dans la communication. Elle concerne d'une part les assistants comme Siri, Cortana, Alexa, Watson, etc. Elle concerne d'autre part les plus récents « Social Bot » qui gèrent déjà la relation clientèle de plusieurs marques et qui seront rapidement de plus en plus nombreux. La promesse ultime ce sont des interfaces naturelles permettant l'automatisation et l'optimisation de nombreuses taches sans programmation. C'est aussi l'accomplissement d'un fantasme ancien de l'humanité, du « Golem » à « Hal9000 ».

Les intelligences artificielles vont permettre de créer de nouveaux services et de remplacer beaucoup de métiers. Cela aura un impact sur ceux de la communication. Ce qui est sûr, c'est que nous allons de plus en plus interagir avec des Intelligences Artificielles dans les années qui viennent. Et il y a des enjeux de communication sur le design de cette relation. Il y aura des designers de comportement, des dresseurs d'IA, des concepteurs de personnalité artificielle. Et forcément une législation sur les IA.

Les communicants vont devoir devenir éthologistes.

Au delà de cette « mécanique » induite par l'IA, ouvrant à de nouvelles façons de communiquer, l'intelligence artificielle a aussi un potentiel de rêve et de magie, terrain de jeu idéal pour raconter des histoires. Du moins tant qu'elle n'est pas complètement assimilée dans nos vies. La réalité virtuelle au sens strict du terme, c'est l'illusion de la perception, la possibilité de vivre une expérience simulée via des dispositifs technologiques. (Espaces immersifs, casques, smartphones, etc.) Beaucoup pensent que la réalité virtuelle va changer au moins autant de chose qu'internet a pu le faire en son temps. La réalité virtuelle va changer la manière dont on apprend, dont on va vendre du service, etc. Cela va transformer les concepts de présence et là aussi nous approcher d'un fantasme de l'homme moderne, la téléportation. Associées, Intelligences artificielles et Réalité Virtuelle permettent de donner un corps, un avatar, une représentation à une Personnalité artificielle (cf la « Gatebox »). Dans les mondes virtuels par exemple, on pourrait avoir une Intelligence Artificielle qui agisse à votre place quand vous n'y êtes pas. Une IA qui gère vos conversations en votre absence ou qui anime votre espace privé ou public. Que peuvent-elles apporter ? De nouvelles manières d'interagir avec les personnes et de nouveaux points de contacts.

La France a-t-elle les compétences et le degré de sophistication nécessaire pour exploiter tout le potentiel de la transformation digitale ?

Lorsque l'on parle de la transformation d'un pays comme la France, la sophistication s'exprime à plusieurs niveaux.

Evidemment, au niveau des technologies pures et dures, mais aussi au niveau de l'organisation des institutions et des entreprises privées. En France, nous avons la chance d'avoir des organismes comme l'INRIA, qui promeut l'excellence scientifique au service du transfert technologique et de la société en apportant une expertise de recherche scientifique appliquée au numérique à de nombreux acteurs, y compris de jeunes startups.

Il y a également en France une prise en compte institutionnelle des problématiques de transformations numérique, à l'image de la French Tech, ou de ce que fait Cap Digital. Au niveau privé, il semble que le top management soit désormais convaincu et embarqué dans les logiques de transformation numérique et tente d'emmener avec lui l'ensemble des salariés.

Il y a aussi de nombreux talents purement digitaux en France, que ce soit des individualités ou des entreprises : Aldebaran, Ubisoft, Criteo, etc. sont de belles aventures entrepreneuriales qui ont intégré le numérique dans leur produit et leurs process.

Là où intellectuellement tout le monde semble convaincu, il parait compliqué encore aujourd'hui d'arriver à opérer cette mutation profonde qui implique de revoir les façons de travailler. C'est sûrement la tâche la plus ardue pour aller plus loin la transformation numérique.

Pour répondre à cette problématique, les écoles et universités se renouvellent aussi. A l'image de Sciences Po qui vient de lancer son école du management et de l'information, dans laquelle est désormais incluse son école de communication. Les autres écoles suivent et on voit de nombreux programmes pilotes voir le jour.

La France semble à tous les niveaux avoir les bases pour opérer sa transformation digitale, consolider ses talents et sa R&D, et devenir une place d'excellence pour l'innovation.

Pour revenir sur les sujets de l'intelligence artificielle et de la réalité virtuelle, nous étions hier à L'ENS au séminaire post digital pour écouter Yann LeCun, un français, en charge de l'IA chez Facebook et Jean Ponce, figure mondiale de l'Intelligence artificielle, lui aussi français.

Parallèlement à ça la French VR s'organise pour peser sur le marché international, c'est à la fois crédible et légitime. Avec une vraie légitimité sur la production de contenus.

Nous avons donc en France, à priori, les armes pour être bien placé sur l'échiquier mondial, et y rester au prix d'une agilité qui semble indispensable pour continuer à se transformer.

Quels secteurs/domaines ont déjà mis en place de nouveaux systèmes intelligents ? De quelle manière ? Cela a-t-il fonctionné ?

Il suffit d'aller en ce moment au Mondial de l'automobile, porte de Versailles, pour voir que les "nouveaux systèmes intelligents » appliqués à l'industrie ne sont pas de la science fiction. Chaque constructeur prépare son véhicule autonome. Tesla, Volkswagen, Renault, Citroen, Audi, etc... Tous sont positionnés. C'est une affaire de temps et de législation. C'est une véritable révolution pour cette industrie. Cela fonctionne aux Etats-Unis dans certains états, et Uber a déployé une première flotte à Pittsburg. L'autre aspect des systèmes intelligents dans les voitures sera bien sûr l'assistant personnel qui supervisera votre voyage et vous parlera. 

Une utilisation massive des systèmes intelligents se fait depuis longtemps dans les principaux réseaux sociaux. Par exemple, quand vous postez une image sur Facebook, deux secondes plus tard elle est analysée par des algorithmes de « deep learning », étiquetée , catégorisée. En règle générale, ces technologies permettent d'affiner au mieux le profil de chaque utilisateur et de lui proposer des contenus en conséquence. 

On pourrait multiplier les exemples. C'est une phase de test and learn, mais tout va très vite.

 Je citerais trois exemples assez divers d'exemples d'utilisations récentes :

  • Voyages-Sncf.com mène plusieurs projets expérimentaux avec Alexa, l'assistant personnel d'Amazon. Il s'agit d'imaginer l'avenir du voyage et des services associés. Une manière pour l'entreprise de se réinventer.
  • L'agence Londonienne M&C Saatchi a imaginé un « bildboard » interactif d'un genre particulier qui utilise l'intelligence artificielle. Non seulement l'affiche vous « regarde » et analyse en temps réel vos émotions et votre engagement, mais elle « sélectionne » les contenus qui ont bien fonctionné afin de les re-proposer.
  • Enfin, l'agence Macann Japan, décide d'engager une Intelligence Artificielle comme directeur de création. Coup de com ou provocation ? Il n'en demeure pas moins que depuis deux ans, de nombreuses initiatives cherchent à investir l'écriture, la composition ou la création par des entités artificielles. Avec plus ou moins de succès. Pas plus tard que la semaine dernière une chanson à la manière des Beatles a été recrée à Paris par la Sony computer science Lab !

Ce qui est sûr c'est que lorsque l'on voit le consortium de lobbying annoncé par Amazon, Google, Facebook, IBM et Microsoft, intitulé « Partnership on Artificial Intelligence to benefit People and Society », on se dit que forcement ce qui va arriver va bouleverser nos écosystèmes...

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