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Interview sur la Bientraitance dans les établissements sociaux et médico-sociaux
Interview du Président de la Fédération Française Sésame Autisme et du Directeur de l'ALAGH
Marcel Hérault est le Président de la Fédération Française Sésame Autisme.
Michel Rebillon est le Directeur de l'ALAGH, l'Association Lorraine d'Aide aux Grands Handicapés.
Ils interviennent sur la conférence Bientraitance : Quels enjeux pour votre établissement et l'accompagnement des usagers ?
Quelle est la différence d'approche entre la maltraitance et la bientraitance ?
Marcel Hérault : Si la maltraitance est bien à l'opposé de la bientraitance, l'inverse n'est pas tout à fait exact : il ne suffit pas de ne pas être maltraitant pour être bientraitant. Il y a, en effet, deux formes de maltraitance : la maltraitance susceptible de faire l'objet de poursuites en justice car certains faits sont des délits répertoriés dans le cadre pénal (coups et blessures, agressions sexuelles, etc.) et la maltraitance par négligences, délaissement, encore difficilement quantifiable et qui, aujourd'hui hélas, n'intéresse pas la justice... C'est pourquoi, une attitude volontariste de bientraitance a plus de chance d'améliorer la vie des personnes accueillies en institution.
Pourquoi la bientraitance devient-elle un axe prioritaire dans un établissement aujourd'hui ?
Michel Rebillon : A réfléchir la définition de la qualité applicable au monde médico-social, il nous apparaît que nous pourrions la dénommer bientraitance en la concevant comme l'intégration dans les pratiques professionnelles des valeurs attachées au bien-être. Il semble qu'elle soit le produit d'un processus dont les sources sont multiples et concernent tout autant l'organisation, ses modes de fonctionnement, que les pratiques professionnelles en vigueur. Elle n'est pas appréhendable tel un résultat qui serait l'inverse de la maltraitance car elle n'est pas assimilable au faire plaisir qu'elle contredit parfois pour s'imposer.
Promesse de prestations performantes, elle relève davantage d'une posture entendue comme matrice d'actions adaptées à l'intérêt de leurs destinataires, bienfaisance qui ne peut se départir de bienveillance, et réciproquement.
Elle devient un axe prioritaire du projet d'établissement dans la mesure où celui-ci se centre sur le projet personnalisé et qu'elle est conditionnée par l'individualisation de l'accompagnement délivré. Elle constitue un axe prioritaire de questionnement car elle peut être une entrée pour interroger les pratiques et l'organisation, la finalité des prestations, comme le permet l'entrée qualité, mais avec une pertinence médico-sociale plus grande puisqu'elle donne une place déterminante à la personne qui en est le destinataire.
Comment les actions de bientraitance peuvent-elles s'inscrire dans les missions de d'établissement ? Quelle valorisation est-elle possible ?
Michel Rebillon : Le conseil de la vie sociale, une assemblée mensuelle des résidents, une commission interne de régulation sociale sont autant d'instances de concertation et de participation grâce auxquelles la bientraitance peut rester au cœur des préoccupations de tous.
Le projet institutionnel doit véhiculer des valeurs portées par l'ensemble de l'équipe telles que le respect, la dignité de la personne, la liberté de penser et d'agir et la solidarité. Les outils institutionnels à l'intention des professionnels sont nombreux et permettent une qualité d'accompagnement continue : le projet d'établissement, les projets de services, le projet de vie, la charte des professionnels, les évaluations internes et externes, le travail d'équipe en interdisciplinarité...
Marcel Hérault : Il ne devrait plus y avoir de projet d'établissement qui n'accorde une large part à la question de la bientraitance. C'est ce qu'à bien compris l'ANESM qui a consacré une part essentielle à la bientraitance dans la recommandation en cours d'élaboration concernant « l'accompagnement des personnes avec troubles envahissants du développement, et en particulier avec autisme, dans les établissements et services sociaux », à la rédaction de laquelle j'ai pu participer au sein du groupe de travail.

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